Communisme et vie politique.

On entend bien des lamentations sur le devenir de la gauche. Pourquoi nulle part aucun parti ne dégage un début d’alternative ?

Qu’apporte à cette question une visée communiste ? Un idéal sans incidence concrète immédiate ? Ou avoir une visée rejaillit-il sur le sens de l’immédiat ?

Le communisme est le mouvement des gens du commun dépassant l’ordre établi. Marx à plusieurs reprises fustige l’État, la délégation de pouvoir disant que cela rend les humains déchirés d’eux-mêmes selon qu’ils se situent dans la société ou en politique. Il n’utilise pas le terme de schizophrène mais l’idée y est.

Pourquoi l’a-t-on oublié ?

Après l’écrasement de la Commune et en quête de méthode, les révolutionnaires se tournent vers la seule révolution qui ait réussi : 1789. La participation populaire a peut-être fait oublier que ce qui en a découlé est fondé sur la dépossession des couches populaires de pouvoir politique réel et l’indépendance des parlementaires. Système intégrant la définition de la République.

En découle la prise du pouvoir d’État par des partis comme substitut à ce qui serait l’incapacité des dominés à produire de l’institué. Conception qui reproduit la verticalité des rapports. Ce que la Commune avait tenté de dépasser mais nous retrouvons l’impact de sa défaite sur le mental des révolutionnaires.

Alors que la Première Internationale mêlait sur un pied d’égalité partis, syndicats, associations, les suivantes imposent la suprématie des partis sur toute autre forme d’engagement. Le Manifeste du Parti Communiste doute de la pertinence d’un Parti communiste à part des autres forces démocratiques et de la séparation du social et du politique. Nous vivons encore avec cette dissociation : un parti de sachants à part et l’évacuation des autres formes d’engagements vers une zone de responsabilité politique moindre.

Tant que le capitalisme avait besoin d’humains qualifiés pour produire, il était prêt au compromis social avec les exploité·e·s. Cela a contribué à masquer le problème. Aujourd’hui la baisse tendancielle du taux de profits liés au travail et la montée des exigences démocratiques font que pour lui, tout compromis est impossible. De ce fait, la dépossession entraînée par le système représentatif apparaît cruellement

La faillite soviétique doit nous interroger. Lénine hérite de la confusion entre échec de la Commune et écrasement dans le sang. Cet écrasement n’impliquait pas que la recherche d’une démocratie autre que la délégation de pouvoir soit abandonnée. Il dit que la plus humble des cuisinières doit pouvoir participer à la vie politique et… appuie sa conception du parti sur le fait que la conscience nécessaire au prolétariat ne peut lui venir que de l’extérieur (sic). Cela apparaissait d’autant plus réaliste que c’était une mise en conformité avec l’existant.

On peut se dire que tout ça est théorique mais c’est se rassurer à bon compte devant le piétinement vain des partis. Ils ne dépassent pas ce stade délégataire ou renvoient son franchissement à un avenir lointain et flou. Ils visent à obtenir le soutien des masses autour de leaders charismatiques. La politique est alors : captation des pouvoirs, récupération, électoralisme. Et ce, au moment où l’aspiration des individu·e·s à jouer le rôle premier n’a jamais été aussi profonde. D’où un divorce croissant et irréversible entre cette aspiration et la poursuite de la normalité représentative. Seule la quête d’un chef suprême y trouve son compte d’où les processus de fascisation exprimés à travers une part de la population qui continue de voter.

Il est urgent de se dégager de ce système devenu mortifère. Mais est-on prêts ? Tout dépend si on se souvient que la perspective est le mouvement des gens du commun qui dépasse l’ordre établi. D’où processus c’est-à-dire partir de l’existant. L’existant c’est quoi ?

Il y a déjà des mises en coopératives, des expériences de participation citoyenne locale, des coordinations de mouvements de luttes, lors du 49-3 il y a eu deux types de réactions : les députés de gauche ont crié au déni de la démocratie parlementaire et des millions de manifestants au déni de la démocratie TOUT COURT… Quant aux abstentions eh oui : le mot abstention masque que nombre d’entre elles sont non pas de la passivité mais une sanction infligée à cette normalité. Déjà pour qu’il y ait mobilisation il faut que ce soit vécu hors verticalité des rapports. Bien sûr sans encore déboucher sur une autre conception de la politique.

Alors comment passer « au pas encore là » ? Que l’on soit jamais si bien servi que par soi-même est devenu audible. N’est-il pas possible que devant chaque enjeu immédiat on commence à soumettre aux intéressé·e·s des pistes de solutions alternatives dont le simple fait qu’elles soient en débat commence à changer la nature des luttes, des mouvements et de la citoyenneté ? Ainsi la situation de crise profonde et d’impasse pourrait être non plus la fin et l’effondrement de quelque chose mais le début d’autre chose. La visée communiste n’est pas un détour, elle évite de vouloir reproduire l’ancien.

Pierre Zarka

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