spacer.png, 0 kB
Questionnements autour du communisme PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jean-Pierre Rioual   
Lundi, 22 Février 2010 00:00
M’en voudra-t-on si je débats et me débats avec mes manques, de lectures, de connaissances approfondies ? Jusqu’ici, dans notre association des communistes unitaires, j’ai constaté que l’on acceptait des contributions modestes. Donc j’ose exprimer mes interrogations qui apparaissent, certes, trop comme des affirmations, en espérant que l’on m’apprendra que cela a été déjà été dit et mieux dit et redit, mais en espérant être utile par mon questionnement au moins. En plus, je ne sais pas m’expliquer assez succinctement. Je ne vais donc aborder ici qu’une des questions qui m’interrogent.

Nous sommes sur la défensive vis-à-vis du communisme. Et chacun-e sait, connaît des évènements historiques qui expliquent pourquoi. Mais cela a peut-être aussi un côté paradoxal. Car ne peut-on penser que tout être humain porte en lui quelque part de communisme ? C’est ce que j’ai compris de la lecture de Patrick Tort (1) concernant l’opinion de Darwin publiée une dizaine d’années après sa célèbre description de la sélection naturelle (2). Je vais bien sûr éviter de dire que ce serait dans la nature humaine, puisqu’il semble convenu que, pour les marxistes, il ne saurait y avoir de nature humaine, l’homme étant la conjugaison des rapports sociaux. Il apparaît que, pour Darwin, la sélection qui s’est opérée pour créer l’humanité s’est faite en faveur des plus solidaires, des plus sociaux, ce qui me semble aller dans le sens de ce qu’on peut appeler un communisme fondamentalement.

Albert Jacquard dit : " Je crois que ce qui fait l’humanité, ce sont les échanges." Or il est clair que l'internet crée de ce point de vue une révolution ! Le développement des face books, des blogs, des sites, multiplie les rencontres, plus ou moins sérieuses certes, mais cela transformera sans doute plus le cours de l’humanité, au moins autant que l’imprimerie. Ainsi cette tendance humaine au communisme en est-elle renforcée.

Les conservateurs disent le plus souvent que l’homme est par nature soumis à la concurrence agressive des uns contre les autres, et que c’est le moteur du progrès. Je ne connais évidemment pas assez le marxisme. .En spécifiant que l’homme se définit par l’ensemble des rapports sociaux, le marxisme que j’ai eu l’occasion de rencontrer par mes lectures ne dit pas, il me semble, quelle est la tendance de cette conjugaison des rapports sociaux : ne pourrait-on pas affirmer que, tendanciellement, l’ensemble de ces rapports sociaux conduit à une solidarité universelle ? Ne serait-ce pas dire, en se permettant un langage moins philosophique, que l’homme est naturellement communiste ? Evidemment, après les horreurs de tous les siècles d’empires de guerres, et après le degré désespérant des horreurs du dernier siècle, cela ne peut passer sans rappeler que tout dans cet univers est toujours contradictoire. Je me demande seulement si l’on doit ignorer la thèse de Patrick Tort, et quelles conséquences on pourrait logiquement en tirer.

A propos de la « Nature » , les conservateurs n’y voient que concurrence acharnée au détriment des plus faibles. Et parfois, il me semble qu’un certain marxisme leur emboîte ce pas. En tout cas n’est-ce pas ainsi que l’opinion commune voit cette question ? Or la part de coopération entre espèces est considérable ! Je suis persuadé que chacun en connaît des exemples étonnants et frappants. N’est-il pas curieux qu’elle soit pratiquement tenue pour non significative de la « nature » ? Peut-être à notre insu et avec notre assentiment ? Car j’ai l’impression que pour l’opinion publique, en ce moment, les révolutionnaires apparaissent favorables à une guerre sociale, quasiment davantage que les exploiteurs ! Ce qui conforte encore cette opinion que la nature comme l’homme seraient dominés par la concurrence agressive. Si nous avons l’opinion contraire, il serait peut-être intéressant de l’étayer davantage, de la faire connaître,

Cela aurait peut-être des implications idéologiques ?

On laisse souvent penser, je crois, que l’homme a été une brute (préhistorique, puis moyen-âgeuse, etc.) et que nous espérons qu’il deviendra communiste on ne sait trop quand. Ainsi nous laissons reléguer l’homme communiste à un improbable avenir. Et ainsi nous confortons l’opinion conservatrice que l’homme est naturellement mauvais, que le capitalisme lui va donc comme un gant, que c’est naturel, et pourquoi pas « humain ». En lisant Jouary qui se demande si les hommes préhistoriques qui peignaient de si beaux bisons dans les grottes n’avaient pas inventé l’art, et si l’art n’était pas une constituante de l’humanité, on est rappelé plutôt à cette idée finalement banale que de tout temps l’homme a eu des penchants communistes. Les gens diront Spartacus, ou même Jésus Christ ! (Et notre gosse, amateur de BD, n’osera murmurer : Rahan ! )



Pierre Zarka montre bien le danger d’en rester à des modes usés. S’éloigner de ce qui est usé. Cela n’est-il pas valable aussi pour les mots ? Des formules trop répétés ne  perdent elles pas leur sens, et parfois même ne sont-elles pas retournées. Je vais faire hurler : tant pis ! Les expressions bien connues : lutte de classe, conscience de classe, j’ai l’impression qu’elles entretiennent désormais une part de malentendus.

Du fait de l’habileté de la propagande des conservateurs, mais aussi du fait peut-être de notre négligence à les contrer. « Toute l’histoire est l’histoire de la lutte de classe », mais que souhaitait Marx, n’était-ce pas mettre fin à cette lutte de l’homme contre l’homme ? Ne pensait-il pas qu’il avait existé une période de communisme primitif, et qu’un autre communisme viendrait, mettant fin aux oppressions de classe ? Les capitalistes ont réussi à retourner cela : les agressifs c’est nous, ne crions-nous pas notre haine du capitalisme ? Et eux, ils parviennent à se faire passer pour vouloir pacifier les rapports humains ! L’opinion sans être complètement dupe, n’est-elle pas cependant troublée ? D’autant évidemment que le spectre qui hantait l’Europe en 1848, a pris la forme concrète d’un vrai cauchemar cent ans plus tard. Et qu’encore aujourd’hui, sous des drapeaux rouges, on continue de briser la liberté. Mais je me demande aussi si nous n’avons pas aidé cette opération, si nous ne l’aidons pas encore avec cette manie d’en revenir toujours à ces expressions, comme s'il n’y avait que cette façon de le bien dire. On me dira que ce sont des repères, les pièces indispensables d’un drapeau rassembleur, un ancrage salutaire. Je pense que cela peut paraître comme une ancre qui nous immobilise, je vois le risque que cela passe pour un rite, avec ce que cela signifie d’archaïsme et de tromperie.

Dans « conscience de classe », il y a deux mots, et nous sommes bien habitués à cet attelage.
Et pourtant, ne reste t-il pas quand même curieux? Cela se comprend parfois comme s'il fallait être de la classe ouvrière pour être du bon côté, et comme si la position d’ouvrier faisait accéder naturellement à une haute conscience politique. Ce sont des remarques vraiment ridicules ? Pourtant ce que j’appellerai ( je prends le risque encore peut-être d’ irriter) le « communisme primaire », dont nous avons pu connaître une belle démonstration sur le site Bellacio au moment des présidentielles, pourrait témoigner qu’il y a bien là un problème de compréhension de termes que l’on croit à tort de compréhension tellement transparente qu’il ne faudrait pas prendre garde à leur détournement. Il me semble que cela peut éloigner de l’effort d’une conscience politique des gens qui ne sont pas des ouvriers, et que le capitalisme pourtant n’épargne pas, puisque certains sont poussés jusqu’au suicide.



Il y a une phrase de De Gaulle : « Je n’aime pas les communistes parce qu’ils sont communistes... (3) » qui m’a fait penser qu’on n’aime pas les communistes parce qu’ils ne sont pas vraiment communistes. C’est certes un cas extrême, mais qui indique bien la possibilité de cette hypothèse : en URSS, il y avait plus de vrais communistes dans les usines, mais sans carte, que parmi les officiels du parti. La question qui est posée aujourd’hui, ici, c’est : Est-ce qu’un parti qui ne se lance pas à fond pour l’émancipation réelle des citoyen-nes peut passer pour être réellement communiste.

Notre question, c’est s’il n’y a pas encore mieux à comprendre ce paradoxe bouleversant, afin de reprendre l’offensive, nous, êtres à tendance communiste, écrasés par notre histoire pleine de crimes. Cette image pourrait la représenter : Mandela et de Klerk recevant le prix Nobel de la Paix.

Me direz-vous : mais Marx a tout dit ?

Jean-Pierre Rioual

_________

(1) L’Effet Darwin, publié en 2008, par Patrick Tort. Sélection naturelle et naissance de la
civilisation, Paris, Seuil, 2008, 234 p.

(2) En 1859 : Darwin publie « L'Origine des espèces par le moyen de la sélection naturelle, ou la préservation des races favorisées dans la lutte pour la vie »

En 1870, il publie : « The Descent of Man and Selection in Relation to Sex, ce qui a pu être traduit par “la filiation de l’homme »

(3) De Gaulle a dit un jour :" Je n'aime pas les communistes, parce qu'ils sont communistes ; je n'aime pas les socialistes, parce qu'ils ne sont pas socialistes ; et je n'aime pas les miens, parce qu'ils aiment trop l'argent ."



 
 

Des nouvelles de chez vous

spacer.png, 0 kB