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Echanges autour du travail PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Fr. Bouviolle, P. Korzec, N. Flank, J. Passerat, A. Barthès   
Mercredi, 14 Novembre 2007 00:00

Le tract des communistes unitaires sur les retraites, qui avait fait l'objet d'un travail collectif en novembre 2007, a été diffusé sur la liste de discussion des communistes unitaires. On peut le télécharge r sur ce site.

Un nouvel échange a suivi, sur la liste, dont voici quelques éléments, dans l'ordre chronologique.

14/11 - Fred Bouviolle

je lis : "la finalité de la société n'est pas de faire travailler les gens mais de permettre qu'ils se réalisent en tant qu'êtres humains" ... Personnellement, je ne vois pas bien comment on peut se réaliser en tant qu'être humain autrement que par son travail. Je vois une confusion s'installer entre le "travail humain" et la réalité de son aliénation par le capital. Comment peut-on parler de "dépassement" du capitalisme tout en considérant le travail comme "aliénant par nature" ? C'est, en définitive, cette question de la résignation ou non à l'aliénation qui sous-tend le débat sur les retraites : celles et ceux qui s'épanouissent dans "leur travail" ne sont pas pressé(e)s de partir, à l'inverse de celles et ceux qui font ce que j'appelle le "travail de personne", simples rouages interchangeables d'une mécanique étrangère tant dans ses finalités que dans ses modalités. Le communisme est le refus de l'aliénation, y consentir temporairement expose - c'est le cas aujourd'hui - à de graves déconvenues.

14/11 Pierre Korzec

Mon avis sur le tract...

Tout cela est vrai, mais en partie seulement. Profondément, le sentiment de nôtre utilité sociale et notre entourage social est lié au travail. Or à 50-60 ans, on est en pleine forme, en pleine possession de ses moyens et on n'a pas vraiment envie de se retrouver sur la touche, pour entamer des activités de macramé et visites d'expositions. Personnellement, je le vis comme cela, et si j'en crois mes discussions avec d'autres, je ne suis pas le seul.

Après, évidemment, il y a des considérations politiques de fond, mais vraiment, je ne peux pas adhérer au discours qui dit qu'à 60 ans, on est fatigué (sous entendu : plus bons a rien)....là aussi il faudrait tenir compte du vécu réel et profond des gens.

15/11 - Nadja Flank

Ce n'est pas le travail qui est aliénant, c'est le salariat. Le dépassement du capitalisme pour moi c'est le dépassement du salariat. Sauf qu'il faut tenir les deux bouts par rapport à l'actualité sur les retraites, en étant à la fois revendicatifs sur les droits des salariés, tout en affirmant que la visée n'est pas le maintien d'une exploitation des salariés, même quelques années de moins dans une vie de labeur.

C'est ce que ce tract permet.

C'est comme la problématique "taxer les profits financiers": tout de suite c'est une exigence évidente, mais en terme de visée, nous voulons l'abolition des profits financiers, donc s'exprimer pour dire que nous voudrions juste les taxer sous entend que nous aurions besoin de les maintenir! Il faut donc intelligement savoir dire les deux en même temps.

La logique du tract sur les retraites permet de présenter une cohérence politique, qui manque trop souvent. Qui m'a manqué terriblement au sein du PCF (exemple: soutenir l'emploi à tout prix, même celui que développe les groupes de la grande distribution sur nos territoires, est éventuellement un palliatif au chômage, mais ne résoud rien à moyen terme, bien au contraire). La question du mode de développement économique est trop souvent éludé au sein du PCF, c'est ce qui explique pour moi son déclin: manque de perspectives et de propositions "en positif" d'une système collectif alternatif et viable.

15/11 - Jacques Passerat

Je respecte mais ne partage pas l'opinion de Frédo.

Le travail n'est pas un besoin fondamental de l'être humain, les besoins fondamentaux sont de deux ordres. Ceux nécessaires à la survie de l'animal : manger boire dormir s'abriter. Ceux d'ordre supérieur, nécessaires à son épanouissement en tant qu'humain, que je résume en trois têtes de chapitres : besoin de connaissance, besoin de fraternité, besoin de justice. Ces besoins sont inséparables, et leur satisfaction conditionne la libération de l'individu, son épanouissement en tant qu'être humain, leur insatisfaction participe à son aliénation.

Le rôle, la finalité de la société n'est donc pas de faire travailler les gens, mais de créer les conditions de satisfaction de leurs besoins fondamentaux de façon à ce que chacun puisse se réaliser et s'épanouir librement. Bien sur, pour les satisfaire il faut produire un certain nombre de marchandises, donc travailler, on entre là dans le domaine de la nécessité donc de l'aliénation.

Et de tout temps les humains ont cherché à réduire cette part travail (tripalium, instrument de torture) soit en le limitant au strict nécessaire à leur véritable besoin, soit en obligeant les autres à le faire à leur place. On peut d'ailleurs raisonnablement penser que si les progrès techniques et technologiques existants de nos jours étaient véritablement soumis au politique et à la démocratie le travail se trouverait réduit à une part congrue. Et nul ne le contestera, la réhabilitation de la "valeur travail" par le capitalisme correspond plus à son besoin insatiable de profit qu'à la libération de l'humanité.

Alors Frédo j'espère que tu ne m'en voudras pas si personnellement plus que par le travail je trouve mon épanouissement dans l'indispensable duo qui consiste à me libérer moi-même par la connaissance, le savoir, la culture et à lutter pour une société plus fraternelle et plus juste, dans la mesure ou j'ai bien conscience que je ne peux me libérer tout seul, et que je ne serais pas vraiment libre tant que sur cette planète un autre humain, c'est-à-dire une part de moi-même, restera opprimé. Certes cela représente un certain "travail" mais un travail consenti et choisi dont je saisis et partage la finalité, dans ce cas-là doit-on encore parler de travail ?

Très fraternellement

16/11 - Fred Bouviolle

Est-ce le "travail" qui est une aliénation ou le "travail salarié", cadre dans lequel celui qui achète la force de travail en dispose à sa guise (Eh oui, il l'a acheté), indépendamment de la volonté et des aspirations de celui ou celle qui qui la vend ? Est-ce le "travail" qui est aliénant ou le fait d'être identifié et "assigné à résidence" dans cette activité exclusive dont les finalités et les modalités nous sont étrangères ? Personnellement, je ne suis le salarié de personne (je n'ai pas non plus de bonniche ) et je peux vous dire que je n'arrête pas de travailler et que c'est comme ça que je me construis ... Après, dans le cadre de la législation actuelle, je n'aurai pas de retraite, mais je n'ai pas l'intention non plus d'arrêter de travailler, vu que ce que je fais, c'est "mon travail".

La seule chose que je voulais dire, c'est qu'il ne faudrait pas que "défense des retraites" devienne synonime de "consentement au salariat" ni que le refus de l'aliénation nous amène à jeter le travail avec l'eau glacée du calcul égoïste.

17/11 - Alain Barthés

 

La "force de l'age" est à 40 ans et non à 50 ou 60, c'est une donnée qui ne change pas avec l'allongement de la durée de vie. Salarié dans un intéressant emploi de bureau, je ne parvenais pas aussi bien à gérer l'intensité du travail ces dernières années et j'ai pris la proposition d'un départ en préretraite comme la chance d'une deuxième vie.

Je ne fais pas de macramé, mais je cultive mieux mes amis et relations politiques et culturelles. je trouves aussi à utiliser des qualités qui n'avaient pas été "exploitées" par mes patrons en bénévolant pour le Secours Populaire, comme associé dans une SCOP qui crée des emplois dans un quartier populaire et dans une autre qui forme des acteurs sociaux de l'intégration des immigrés.On est pas forcement fatigué à 60 ans mais mentalement on ne peut tenir le rythme qui nous est souvent imposé par l'entreprise capitaliste.

 
 

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