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Carte blanche à Bernard Dreano PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Bernard Dréano   
Dimanche, 11 Novembre 2007 00:00

Nous sommes très heureux d'inaugurer notre rubrique Carte blanche avec un texte de Bernard Dreano, président du Cedetim (Centre d’études et  d’initiatives de solidarité internationale). Bernard nous conte l'histoire d'une vie de combat, celle de Mamadou Konté.
La rédaction

Ce que nous dit Mamadou...

Ce que nous dit Mamadou

Mamadou m’a dit / Mamadou m’a dit

On a pressé le citron on peut jeter la peau

François Béranger (1937 - 2003), chanson de 1979.

 

Mamadou Konté est mort le 20 juin 2007. Son histoire  n’est pas celle de l’immigré modèle, l’analphabète devenu chevalier des arts et lettres. C’est une vie de combat, l’exact inverse de ce que proposent aujourd’hui les chantres de « l’immigration choisie » et de « l’identité nationale » et notre ineffable président dans son tristement célèbre discours de Dakar d’il y a quelques mois.


L’histoire, d’abord, d’un jeune ouvrier immigré dans les années 70, quand les résidents africains des foyers avaient cessé de payer leurs loyers pour protester contre la vétusté, le flicage, les brimades des marchands de sommeils officiels et officieux. Notamment au foyer de la rue Lénine à Pierrefitte en Seine Saint Denis, où il vivait. Lui et ses amis avaient su mobiliser les habitants, aînés et cadets, marabouts et griots, et des personnes extérieures, et malgré des provocations violentes, avaient fini par obtenir la rénovation du foyer.


Ce petit groupe de militants avait créé un mouvement « Révolution Afrique », enraciné dans la vie de ces travailleurs africains qui n’intéressait guère à l’époque la majorité de l’extrême gauche, le PCF et la plupart des syndicats. C’était un temps d’expulsions, de crimes racistes, de tensions après la guerre du Kippour et le premier choc pétrolier, et de répression néocoloniale en Afrique. Des années des luttes spectaculaires auxquelles participait Révolution Afrique, devenu en 1976 Organisation des communistes africains (OCA). Une organisation qui ne plaisait pas à tout le monde et que Michel Poniatowski, ministre de l’intérieur avait « annulée » fin 1976, grâce à la loi du 1er septembre 1939 (abolie en 1981) selon laquelle aucune «  association étrangère ne peut se former, ni exercer son activité sans autorisation préalable du ministre de l’intérieur » !


L‘interdiction n’avait pas trop ému la gauche classique, mais Mamadou et ses camarades avaient su trouver des soutiens d’une partie de l’extrême gauche mais aussi du coté de personnalité comme l’écologiste René Dumont et d’artistes. C’est à partir de là que Mamadou s’est investit dans l’action culturelle. Il ne s’agissait pas simplement de création ou de promotion artistique. Il s’agissait d’agir, en refusant la logique d’entrave à la circulation des hommes et du retour plus ou moins forcé des immigrés,  condition pour, ici et là bas, contribuer au développement des pays d’origine, et à une vraie coopération entre le Nord et le Sud. Cela concernait la musique (notamment), comme pratique culturelle aussi bien que comme facteur économique. C’est dans cet esprit qu’il a créé en 1978-79 Africafête, avec le soutien de François Béranger, Claude Nougaro etc., rassemblant des milliers de personne autour des chanteurs et danseurs africains et  français, jusqu’à Marcel Amont chanteur populaire des années 60, venu en copain !


Africafête va exister jusqu’à la mort de son fondateur et nous pouvons l’espérer va durer bien au-delà ! D’abord en Afrique ou pour promouvoir la musique locale, conquérir une reconnaissance culturelle. La moisson va être impressionnante, avec Touré Kunda, Manu Dibango, Youssou N’Dour, Salif Keita, Angélique Kidjo, ou Positive Black Soul. Mamadou va élargir son champ d’action jusqu’à New York (en 1998) sans jamais oublier le travail sur le terrain en Afrique de l’Ouest et en France, la bataille pour l’emploi, pour la formation des techniciens africains, contre le piratage et pour le respect des droits d’auteurs.

Il a toujours gardé à sa manière le fil de ces combats qu’il avait commencé à tisser dans l’émigration, et son activité de pionnier culturel n’est pas imaginable sans son expérience de militant.  Il ne faudrait pas l’oublier, ce grand homme par la taille et par l’esprit, qui ne quittait jamais son éternel chapeau. Il nous laisse en héritage, des outils, une expérience, un trésor dans ces temps de  racisme et de mépris.

Concert d’hommage à Mamadou Konté le samedi 24 novembre à Paris.

Une soirée exceptionnelle, soutenue par la communauté des artistes africains et de la diaspora de Manu Dibango à Positive Black Soul, Ghetto Blaster à Toure Kunda, Neg Marrons ou Omar Pene accompagné par l'orchestre Africa Fête Big Band mené par Cheick Tidiane Seck.

Samedi 24 novembre 2007 à partir de 19h30, La Cigale, 120 Bd Rochechouart, 75018 Paris 20 Euros,  www.prixmamadoukonte.org

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 

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