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Page 1 sur 3 Après les tueries de Montauban et Toulouse, la récupération politique, xénophobe et islamophobe, tente de faire diversion des vrais problèmes.
Quatre positions sur les causes des crimes commis (Bruno Bessière) , sur la stigmatisation de l'islam (Fran,çois Asensi), sur les discrimations à l'oeuvre dans les propos du président de la république et d'autres (Catherine Bottin- Destom, Michel Mourereau)
Bruno Bessière, 30 mars 2012
Les causes des crimes de Toulouse et Montauban sont à chercher dans notre société, pas dans l'immigration
Marine Le Pen, toute à sa tentative de récupération de l'horreur des crimes de Toulouse et de Montauban, a posé la question de savoir « combien de Mohamed Merah arrivent chaque année en France ». Mais Mohamed Merah n'était pas du tout un immigré. Il était né en France. C'est ici qu'il a grandi, a été à l'école, a noué des relations, est devenu délinquant, a connu le chômage, a multiplié les échecs, etc. C'est aussi ici qu'il a rencontré des extrémistes religieux et qu'il a adopté leur idéologie. Tout cela, Marine Le Pen le sait très bien. Si elle essaye de faire croire que la cause de ces crimes est liée à l'immigration, c'est pour mieux occulter les véritables causes, sur ce problème comme sur les autres. La prétendue candidate anti-système est justement là pour le défendre et éviter que les gens ne comprennent à quoi ils doivent s'attaquer. Les crimes de Mohamed Merah sont l'expression de la haine qu'il éprouvait pour une société dans laquelle il n'avait pas pu trouver pleinement sa place, pour une institution militaire qui n'avait pas voulu de lui, pour un monde qu'il trouvait injuste. Sa conversion à des conceptions religieuses extrémistes est intervenue sur ce fond. Elle ne constitue pas la cause première de ses actes, mais elle lui a donné une grille de lecture fallacieuse des causes des problèmes et lui a présenté des voies tout aussi fallacieuse pour prétendument les résoudre. En effet, comment peut-on rendre responsable tous les juifs, y compris les enfants, du sort des Palestiniens et considérer que la cause palestinienne peut être défendue en tuant des juifs ? En fait, cet extrémisme faisait écho à une haine qu'il avait déjà et il y a malheureusement trouvé une source de légitimation pour commettre ses actes abominables. Il était à la dérive depuis longtemps, multipliant les faits de délinquance tout en collectionnant les échecs, sur fond de sentiments d'abandon, de dévalorisation, de désespoir. Il avait fait une tentative de suicide qui en dit long sur l'impasse dans laquelle il se sentait et sur la souffrance psychique qu'il éprouvait. Le psychologue qui l'avait reçu, suite à cet acte désespéré, l'avait décrit, à l'époque, comme un être « fragile et anxieux » qui aurait justifié une psychothérapie et un suivi éducatif. Or, rien de tout cela n'a été mis en place et, depuis, ses problèmes s'étaient aggravés et avaient pris une forme encore plus dangereuse. Mohamed Merah avait déjà commis des actes graves qui auraient justifiés qu'on prenne des dispositions bien plus tôt pour arrêter sa dérive. Il a séquestré un jeune, l'a forcé a regardé des vidéos d'exécutions insoutenables, a agressé physiquement deux personnes de la famille qui avait porté plainte et a proféré des menaces de mort. Cette plainte qui date du 25 juin 2010 n'a donné lieu à aucune suite connue. Peut-on croire une seconde que si les victimes avaient été de la famille du président de la République ou d'un patron d'une entreprise du CAC 40, ces actes graves seraient restés sans suite ? Quand on sait que pour le vol du scooter du fils de Nicolas Sarkozy, on a utilisé des analyses génétiques pour retrouver l'auteur du vol en quatrième vitesse, on mesure à quel point nous avons affaire à une justice à deux vitesses, à une société qui derrière les proclamations d'égalité des droits ne traite absolument pas ses membres de la même manière. Les suppressions d'emplois publics et de services publics, dont des tribunaux et des commissariats, ne permettent pas non plus d'être partout et de traiter tous les problèmes avec la rapidité nécessaire. Quand on ajoute à cela la mobilisation de moyens considérables pour des objectifs très contestables, comme la chasse aux sans-papiers, on comprend d'autant mieux qu'il manque des moyens pour traiter des vrais problèmes. Les tragédies de Toulouse et de Montauban illustrent également l'impasse d'une politique trop exclusivement répressive. Or, là la répression intervient toujours avec un temps de retard, puisqu'elle se fait après commission des crimes et délits. Il ne s'agit pas, bien entendu, de conclure à son inutilité, mais de pointer la nécessité d'agir avant, par des mesures éducatives et la prise en charge des problèmes psychiques graves des individus qui en ont besoin. Ainsi, aurions-nous moins de victimes à pleurer. Bruno Pomart, auteur de Flic d'élite dans les cités et qui mène des actions de prévention, parle de « jeunes au bout du rouleau avant l'âge ». Il évoque également un très haut degré de frustration et un manque de reconnaissance de la jeunesse. Dans un reportage de France info, dans une cité, un jeune déclare : « Ce qu'on voudrait, c'est que la France elle nous serre dans ses bras ».
Il faut entendre cet appel, pour sortir d'une société d'exploitation qui tue les uns au travail et laisse les autres au chômage, d'une société d'inégalités, de discriminations, de rapports de domination, de violence, d'individualisme, d'indifférence aux autres, pour construire une société solidaire et humaine où chacun peut prendre sa place, avoir une utilité sociale, s'épanouir, être aidé quand il en a besoin et avant qu'il soit trop tard ; sinon notre société risque de produire d'autres Mohamed Merah, quelque soit leur nom et l'origine de leurs parents.
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