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Page 1 sur 5 Les Communistes unitaires ont placé de longue date au coeur de leur projet la nécessité, pour la gauche, d'un mixage des cultures politiques, des expériences spécifiques, dans une confrontation constructive, sans tabou pour parvenir à plus long terme à la construction d'une nouvelle force politique. Dans cette perspective, ils se sont impliqués dans la constitution de cette première "Fédération de forces et de citoyens" qu'est la FASE, creuset expérimental d'un tel mixage. Ils ont ensuite largement oeuvré à l'implication de la FASE dans le Front de gauche. Les comptes-rendus d'assemblée générale de l'ACU portent trace des réflexions menées depuis 2007.
La nécessité d'une force politique d'un autre type fait son chemin, soulevant de nombreuses questions. La dynamique enclanchée par la candidature unitaire du Front de gauche accélère les rencontres, les discussions.
L'Association des communistes unitaires organise un séminaire dont la première séance de travail a lieu le 7 avril. La FASE met en discussion un texte sur lequel le Collectif d'animation national (CAN) fera le point lors de sa réunion du 12 et 13 mai.
On trouvera ci-après deux contributions, de Laurent Lévy, Pierre Zarka, Bernard Calabuig, Roger Martelli, et le texte de la FASE.
Laurent Lévy, 13 février 2012
Une nouvelle force politique ? 
L’idée d’une nouvelle force politique d’émancipation n’est pas nouvelle. Évoquer « la » nouvelle force politique pose toutefois la question dans des termes eux-mêmes nouveaux, dont la pertinence mériterait débat. Mais plutôt que de mener ce débat, je me propose dans cette contribution d’avancer – même si c’est plus sous forme de questions que de réponses – des éléments de réflexion la question classique, sans m’attarder sur le caractère défini ou indéfini de l’article attaché à l’expression «nouvelle force politique ». L’idée, donc, n’est pas nouvelle. Et elle a fait l’objet au cours de la dernière décennie de plusieurs tentatives de réalisations, dont les plus abouties auront été le Parti de Gauche (PG) et le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA). L’une des caractéristiques de ces constructions, est qu’on y a mis la charrue avant les bœufs, que l’on a supposée résolue la question de la nature d’une force nouvelle avant de se lancer dans sa construction.
La notion de force politique peut difficilement être abordée de façon utile sans un détour théorique ; et la question sera : qu’est-ce qu’une force politique ? Elle ne peut pas plus être abordée sans une analyse concrète ; et la question sera cette fois : qu’est-ce qu’il est possible d’envisager ?
1) Qu’est-ce qu’une force politique ?
a) Force politique et collectifs militants
Il y a lieu de ne pas confondre forces politiques et collectifs militants. Ce qui fait force, c’est la mobilisation de centaines de milliers de personnes qui ne sont pas nécessairement toutes engagées à l’intérieur de collectifs ou organisations formalisées, mais représentent leur sphère d’influence et contribuent, fût-ce sans le savoir, à leurs élaborations. La nécessité où se trouvent les plus mobilisées d’entre elles de s’organiser de façon formelle n’est pas pour autant contestable ; mais cela ne signifie pas que les militant-e-s organisé-e-s constituent par eux/elles-mêmes la force politique de transformation sociale nécessaire au mouvement de l’histoire. Le plus grand risque, à sous-estimer ce point, serait de déposséder les militant-e-s inorganisé-e-s – qui sont une vaste majorité au sein de la mouvance militante de l’émancipation – de leur contribution effective à la force politique. Quels rapports peuvent entretenir force politique d’émancipation et collectifs militants organisés ? Telle est en fin de compte la question la plus essentielle et la plus délicate à résoudre : celle que la discussion et la réflexion collective devraient permettre de débroussailler.
b) la question de la forme-parti
La question est d’autant plus délicate que l’idée d’organisations dans la forme fétichisée du parti est largement dominante dans les conceptions courantes, même au sein de la gauche radicale. Cette forme est celle qu’imprime à la vie politique les structures institutionnelles de la démocratie délégataire. Évoquer la forme-parti n’est pas évoquer la forme des partis, leur caractère plus ou moins verticaliste, plus ou moins pyramidal, etc. C’est d’abord évoquer la place première des organisations formelles dans la définition d’un champ politique séparé, microcosme dont sont par définition exclues les larges masses de celles et ceux qui luttent effectivement pour leur émancipation et pour celle de toutes et de tous. À cet égard, les partis sont des éléments et des facteurs de la dépossession des citoyens de l’action politique. Tout collectif militant doit savoir éviter ce piège, le piège de la forme-parti, s’il se propose de contribuer à l’émergence d’une véritable force politique d’émancipation. Se considérer comme étant lui-même cette force – ce qui est l’expression parfaite de l’assomption de la forme-parti – revient à se condamner à l’isolement sectaire. Il n’en résulte bien sûr pas qu’une force politique d’émancipation puisse se passer de collectifs militants, seuls à même de lui donner cohérence et expression publique, sans pour autant se poser en avant-garde. Il n’en résulte pas non plus qu’il suffise de ne pas prétendre jouer les avant-gardes pour éviter les dangers du verticalisme dans le fonctionnement organisationnel.
2) Quelle force politique d’émancipation est aujourd’hui possible ?
a) la nécessité d’un état des lieux
Il ne suffit pas de se faire une idée de ce que devrait être une force politique d’émancipation, ni de ce que devraient être les collectifs militants qui y travaillent, pour en déduire ce qu’il n’y aurait plus qu’à mettre en œuvre. Nous partons en effet d’une situation déterminée par l’existence de nombreux collectifs militants déjà organisés et d’embryons de forces politiques diverses. Il convient de réaliser un état des lieux des forces et organisations en présence, en examinant leur dialectique concrète. Cet état des lieux est un préalable à toute démarche tendant à avancer vers l’émergence d’une force réellement nouvelle. « C’est toujours avec du vieux que l’on fait du neuf, mais l’exercice est malaisé, et avec du vieux, il est toujours bien plus facile de refaire du vieux. » (Karl Marx) Quelles sont les contradictions sur lesquelles il est possible de jouer, quels sont les blocages et les points d’appui objectifs pour les lever, telles sont les questions qu’il faut savoir résoudre. Là encore, la réflexion collective est nécessaire ; elle doit être le plus large possible, et constituera en elle-même un élément de la construction nouvelle.
b) la nécessité de politiques unitaires l n’y aura de nouvelle force d’émancipation que si forces et organisations existantes savent réaliser la plus large unité dans leurs combats communs comme dans leur réflexion commune. Cela ne signifie pas que les collectifs militants existantes doivent se dissoudre, se dépasser ou fusionner, mais peut avoir cette conséquence pour certains d’entre eux. L’essentiel est dans la poursuite inlassable de l’unité.
Une politique unitaire suppose que l’on considère a priori que les partenaires possibles sont de bonne foi, que les questions qu’ils posent se posent réellement et méritent d’être prises au sérieux. La principale difficulté à cet égard est la cristallisation de cultures politiques différentes, d’éléments de langage spécifiques, de préoccupations prioritaires distinctes. Et l’enjeu d’une politique unitaire est précisément de dépasser ces clivages et de contribuer à une certaine homogénéisation des cultures politiques et des langages qui les véhiculent. Il ne saurait, à défaut, y avoir de projet hégémonique réaliste. Or la question politique essentielle est bien celle de la conquête de l’hégémonie des dominé-e-s.
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