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* concernant le champ du combat politique
Pour notre part, nous parlons de la lutte contre toutes les dominations, du combat pour l'émancipation, et non seulement du combat anticapitaliste. Il ne suffit pas de mentionner les luttes féministes, écologistes etc... La question est de concevoir une unité du combat, où les luttes émancipatrices convergent, se nourrissent réciproquement, s'entremêlent.
Un des participants a répondu que le combat contre le capitalisme recouvre à ses yeux toutes les dimensions du combat pour l'émancipation, mais à mon sens il y a toujours dans ce type d’affirmation l’idée qu’il existe une mère des aliénations, qui serait l’exploitation économique.
* concernant la situation politique
Sur la caractérisation de la situation, il y a certes la poursuite et l’amplification des politiques d’austérité (le texte de nos amis est centré là-dessus). Mais outre une fuite en avant social-libérale, on doit identifier la montée en puissance du sécuritaire, les possibilités de guerre et des régressions démocratiques qui peuvent prendre diverses formes (pouvoir des technocrates, autoritarisme, gouvernements d’union nationale etc). La situation actuelle est lourde de périls.
Sur ces deux points, nous avons évoqué l’analyse de Lucien Sève (lire Altercommunistes).
Nous avons aussi mis en avant l’idée qu’en la fuite en avant social-libérale (cautionné par les partis socialistes) et une orientation de transformation, il existe de moins en moins d’espace. L’idée que le système actuel est au bout du rouleau, qu’il faut inventer quelque chose de très différents, qu’il faut faire « la révolution » est devenue aujourd’hui beaucoup plus « entendable » au-delà des cercles militants qu’il y a seulement quelques années. Une partie des jeunes, par exemple, ne s’embarrassent pas comme nous parfois de circonvolutions pour le penser et le dire. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas par ailleurs beaucoup d’idées contraires qui circulent : « on ne peut rien » etc.
* concernant l'articulation entre mouvement "social", politique et « parti »
Nos interlocuteurs distinguent dans leur texte le « champ socio-économique » et le « champ politique » et indique qu’un « parti a pour fonction d’agir sur la scène politique nationale pour en modifier les coordonnées ». Pour nous, un syndicat intervient aussi sur la scène politique nationale, et les mouvements aussi. Cela ne spécifie pas réellement le rôle d’une force politique. Si on prend une autre définition, du type un « parti » représente les mouvements ou un courant d’idées dans les institutions, on peut tomber très vite dans la logique dénoncée par GU et C&A concernant le PS : ce qui compte, c’est la place, l’hégémonie dans le système de pouvoir (tel qu’il est).
Notre piste est autour de l’idée qu’une force politique sert à globaliser les résistances et les remises en question, contribue à les inscrire dans une nouvelle cohérence (une vision de la société) ; elle est au service de l’appropriation citoyenne des savoirs et des pouvoirs (incluant l’irruption dans le champ électoral et dans la sphère institutionnelle). Elle n’a pas de fonction dirigeante, ce qui ne veut pas dire qu’elle n’est pas productrice de sens et d’idées, mais elle ne décide pas à la place des citoyens.
D’autre part, plusieurs enjeux existent : les fonctions respectives des syndicats et des partis ont besoin d’être transformées, car il y a un épuisement des formes d’organisation du mouvement ouvrier. Cela ne signifie pas que ces fonctions doivent être confondues. On peut envisager que les rôles des syndicats et des forces politiques soient polarisées, sans pour autant négliger que certaines fonctions soient communes (d’où bien des campagnes communes possibles). Au passage, le problème de l’institutionnalisation ne se pose évidemment pas qu’aux partis existants mais aussi aux organisations syndicales.
* concernant la démocratie
Il y a un point probable de désaccord avec les uns ou les autres. Nous avons mis l’accent sur la crise de la représentation politique, sur la crise de la démocratie actuelle, sur le fait que la crise économique et sociale et la crise démocratique sont enchevêtrées, et qu’il faut considérer que la crise globale dont nous parlons impliquant les différentes dimensions, nous devons travailler à un dépassement à la fois de l’ordre écologique et social et de l’ordre démocratique. à la fois.
Certains ont répondu qu’il faut défendre la démocratie parlementaire (le système démocratique actuel), car elle est attaquée (dans la même logique, il faut défendre les droits sociaux existants, car ils sont attaqués). Pour nous, la seule défense de la démocratie actuelle est très insuffisance car elle ne prend en compte ni le fait que la démocratie parlementaire est bel et bien en crise, ni les insuffisances de la démocratie parlementaire, ni le désir de plus en plus de citoyens de maitriser leur vie et de participer réellement aux choix qui les concernent etc.
Il ne s’agit pas de dénoncer de manière caricaturale la « démocratie bourgeoise » mais d’envisager une nouvelle ère de la démocratie. De la même façon, concernant les droits sociaux, il ne s’agit évidemment pas de dénigrer les droits sociaux existants, mais d’envisager des transformations profondes de la société dans le sens de l’égalité réelle.
* concernant le débat programmes ou projets
L’échange a montré que quand nous disons il ne suffit pas d’avoir « un catalogues de mesures à mettre en œuvre, il faut travailler à un projet », certains de nos interlocuteurs pensent qu’un projet est la mise en musique du programme ou un processus avec des étapes pour le mettre en œuvre. Or, le projet pour nous est une sorte de « référentiel », un ensemble d’éléments sur notre vision de la société, pour proposer une cohérence, donner et partager le sens de ce que nous voulons… C’est une question décisive si comme le dit le texte : « Le sens même de l’émancipation humaine et de sa possibilité sont remis en cause ».
Par contre, l’échange a montré que nous avons à approfondir un point : « qui fait le projet » ? La force politique et-ou le peuple ? Le peuple « aidé » par le parti ? etc…
Plus largement, la question du vocabulaire a été au coeur des échanges1.
Sauf concernant l'exigence d'un référendum sur les retraites2, nous n'avons pas eu le temps de rectifier plusieurs points du texte où la vision proposée des évènements qui nous concernent n'est pas fidèle à la réalité.
Ces échanges montrent que sur des éléments essentiels porté par l’ACU, largement partagé au sein de la FASE, nous avons beaucoup à travailler pour étayer et nous faire mieux comprendre, et puis mettre en débat dans des cercles plus larges.
Enfin, concernant le projet de créer un séminaire, l'idée de le mettre en place nous a semblé partagée, mais tout reste à préciser : le cadrage global, les thèmes, le rythme… Pour notre part, nous avons proposé de l'appeler Séminaire "Emancipation", un rythme mensuel, des thèmes transversaux (et non pas des morceaux de programme), une publication de synthèse au fur et à mesure des séances, et que celles-ci soit ouverte au public. Une autre réunion sera programmée pour poursuivre la réflexion.
Le 25 nov. 2011 Gilles Alfonsi
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1 Ainsi avions nous fait une petite recherche sur le nombre d'occurrences de certains mots (discrimination, sécuritaire, égalité, communisme, révolution, abstention, émancipation etc) que nous employons beaucoup pour notre part et qui sont très peu présents dans le texte. 2 Nous avons rappelé : la pétition n’a pas relevé d’un coup préparé avec le PG. Elle a été initiée par nous avec Politis, pour porter le fer sur la question démocratique, le succès a été acquis avant l’épuisement du mouvement avec 40 000 signatures, puis, lorsqu’il y a eu épuisement du mouvement, il y a eu changement d’échelle du nombre de signatures.
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