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Assemblée générale ACU- Contributions 2 PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Les communistes unitaires   
Jeudi, 24 Novembre 2011 18:35
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Assemblée générale ACU- Contributions 2
Aminot
B. Calabuig
D. Bustamante, J.P. Rioual
R. Martelli
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Le texte rédigé par le collectif d'animation de l'ACU "Pour lancer la discussion" et le premier volet de contribution sont également en ligne sur ce site www.communistesunitaires.net, dans la même rubrique.

Pour ce deuxième volet, du 19/11 au 1/12/2011des contributions de F. Bouviolle, L. AminotD. Bustamante, B. Calabuig, J.P. Rioual, R. Martelli

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Frédéric Bouviolle,  19/11/2011
Gilles Alfonsi pose une bonne question à Louis Aminot (mail du 16/11): « Pourquoi n'aurions-nous pas notre libre arbitre ? Qui décide de cela, sinon nous-mêmes ? » 1
On peut se satisfaire de « dire posément, ce qu'on a à dire », mais si cela est d'aussi peu d'effet que si l'on n'avait rien dit, la satisfaction est de courte durée ...

Je trouve que nous n'avons pas tiré tout ce qui pouvait l’être de la situation politique inédite créée par la primaire socialiste. Pourtant, le 19/10 à 16h30, Jean Brafman nous a fait suivre un sondage tout ce qu'il y a de plus clair : au second tour, Hollande ferait 62% et Sarkozy 38 - le lendemain, un autre, pour la PQR, donnait 64/36 : même si nous sommes à 6 mois du premier tour, on peut considérer la défaite du sarkozisme comme une chose acquise. D’où il découle que la question maintenant posée : "Pour faire quoi ?", n'est plus configurée par le débat droite-gauche, mais relève d'un débat interne à la gauche, un débat qui intéresse l'ensemble de celles et ceux qui vont, au second tour, utiliser le vote "Hollande" pour se débarrasser de Sarkozy. Peut-être est-ce à la crainte d’un tel débat – qui serait sûrement un peu différent du spectacle socialo-socialiste d’avant primaires - et de ce qui pourrait en sortir, si jamais les « gens du commun » décidaient de s‘en mêler, qu’il faut attribuer le « silence assourdissant de Hollande » pointé par Pierre Zarka ; l’épisode des négociations avec EELV et le malaise qui en résulte, montre bien le refus des « impétrants » d’assumer la mise en débat publique au sein de l’électorat de gauche des options qui sont les leurs. Dès lors, il faut remettre Sarkozy en scelle pour reconfigurer le débat selon le logiciel droite-gauche afin d’en exclure les citoyens en recherche de transformations radicales – Pierre dit « en attente », mais peut-être n’est-ce que l’apparence extérieure d’une recherche qui s‘effectue sur le mode salarial où, quand on a besoin de quelque chose, le réflexe premier n’est pas de le produire soi-même, mais d’arpenter les galeries marchandes muni de son porte-monnaie…

Dans cette situation, il me semble que le plus utile – pour le mouvement social, pas pour nos "boutiques" – serait précisément de prendre l’initiative de cette mise en débat, avec l’ensemble de celles et ceux qui s‘apprêtent à voter Hollande au second tour sur la base de l’accord PS-EELV (que les Verts vont probablement valider ce week-end), et non pas seulement avec celles et ceux qui sont susceptibles de voter Mélenchon au premier à partir du "programme du Front de gauche".
Il faut arrêter de faire "comme si" Mélenchon avait la moindre chance d’être au second tour, cela contribue grandement, à mon avis, à décrédibiliser la capacité du Front de gauche à faire bouger les lignes en le cantonnant dans une fonction strictement électorale fondée sur le repli sectaire et l’affirmation identitaire, ce qui ne fera jamais une "politique d’émancipation".

Persister dans cette posture ne peut qu’être à terme contre-productif quand, concomitamment, le feuilleton quotidien de la plus grave crise que le "système capitaliste" ait jamais connue ("crise du crédit", c'est-à-dire de la valeur abstraite, qui est inséparablement celle de la médiation monétaire, donc du rapport salarial et de la protection sociale qui en dépend ; "crise anthropo-écologique" qui est celle du mode de production industriel ; "crise de la souveraineté" d’États nationaux suspendus aux obsessions d’agences de notation d’abord caractérisées par leur irresponsabilité ; "crise de la représentation politique" telle qu'on peut, du jour au lendemain, débarquer ceux qui sont parvenus au sommet pour les remplacer par des eurocrates de la BCE ou de la Commission sans que grand monde s'en émeuve ; "crise de la famille chrétienne" à ce point dissoute dans les rapports marchands qu'elle n'est plus même capable de suppléer aux défaillances de la protection sociale salariale...) interpelle quotidiennement chacun-e sur le caractère irrémédiablement périmé des modèles du passé et sur l'impérieuse nécessité de "refaire société" selon de nouvelles modalités.

Mon avis est que, dans une telle situation, nous aurions bien tort d'être timorés sur le sens et le contenu des propositions  qu’en tant que composante du FdG, nous devrions apporter au débat : il ne doit pas se transformer que du point de vue de son mode de fonctionnement et de la nature des rapports qu'il produit entre ses différentes composantes et avec les autres forces de gauche, mais aussi du point de vue du projet dont il est porteur pour la société dans son ensemble. Et de ce point de vue, le sentiment que j'ai est qu'il regarde plus vers le "déjà-vu" et daté programme du CNR que vers le dépassement du capitalisme et le "déjà-là " d’une « société où le libre développement de chacun-e est la condition du libre développement de tou-te-s ».

L’essentiel de ce "déjà-là" réside selon moi dans l’existence, au sein des "sociétés capitalistes développées", d’un prolétariat - « quelqu’un-e qui n’a d’autre ressource, pour subvenir à ses besoins, que de monnayer sa puissance de travail », ça s’appelle un-e « prolétaire » - doté d’un haut niveau de formation et de culture générale qui permet d’envisager la réalisation de soi comme un horizon raisonnable, prolétariat que les capitalistes sont aujourd’hui totalement incapables d’employer pleinement (c’est-à-dire que c’est, à la fois, l’impérieuse nécessité où sont les prolétaires de trouver un-e capitaliste qui accepte de leur donner de la monnaie en échange de leur puissance de travail – puissance de travail configurée selon une formation initiale structurée par le mode de production industriel et donc difficilement mobilisable dans un autre contexte -, et la défaillance des capitalistes en tant que classe à assumer ce rôle de manière socialement supportable, qui stérilise la puissance sociale potentiellement contenue dans toute cette puissance de travail inemployée ou sous-employée) – alors que c’est précisément la fonction sociale qu’ils revendiquent et par laquelle ils justifient leur situation dominante : comme on disait dans le temps, il y a « contradiction entre le  développement des forces productives et les rapports de production ». Comme, en l’occurrence, c’est le rapport salarial qui est au cœur de la contradiction, je ne pense pas qu’on puisse en sortir sans mettre son dépassement à l’ordre du jour.

Ce qui ne veut pas dire « abolir le salariat par décret » - ni par referendum, d’ailleurs : mais cela peut peut-être vouloir dire, par exemple, commencer, avec les surnuméraires du rapport salarial, à travailler très concrètement à son dépassement en cherchant, à partir des savoirs et savoirs-faire qui sont les leurs, comment libérer la puissance sociale qui dort en eux-elles afin, pour commencer, de satisfaire leurs besoins les plus pressants (manger, se vêtir, dormir au chaud et au sec, et les quelques autres choses encore qui leur paraîtront prioritaires) ; c’est une absurdité, enfantée des pires dogmatismes totalitaires, que de penser les sociétés comme l’expression d’un mode de production unique : toute société complexe est toujours le lieu d’une coexistence dialectique entre différents modes de productions. Même si le mode de production industriel prétend imposer sa rationalité propre à la totalité de la production sociale, il y a bien loin de la coupe aux lèvres et le mode de production domestique assume aujourd’hui encore la satisfaction d’une large part des besoins des personnes concrètes – même si ces productions sont invisibles pour le PIB qui, par nature, ne reconnaît comme "produit" que ce qui est issu de la production marchande. Travailler au « dépassement du salariat » n’implique nullement la disparition de ce dernier : de la même manière que l’émergence du rapport salarial n’a pas entraîné illico la disparition des rapports féodaux de production, il n’y a aucune raison pour que celui-ci disparaisse du seul fait de l’émergence de rapports de production susceptibles d’en prendre la relève : les deux peuvent coexister durant longtemps … Les trois même, si on compte le mode de production domestique encore vivace.

La seule chose qui pourrait contrarier la victoire de la Gauche c’est, comme en Espagne, l’idée que, finalement, sa politique ne serait guère différente de celle de la droite. Comment mieux travailler cette différence qu’en mettant à l’ordre du jour le dépassement du rapport salarial et du mode de production industriel ?
La posture mélenchonienne postulant a priori l’impossibilité de toute convergence entre l’espace du Front de gauche et celui constitué par l’accord PS-EELV est politiquement suicidaire. D’autant qu’il n’est pas exclu qu’il se trouve, chez les Verts, quelques disponibilités pour un tel débat. Nous avons devant nous les six mois qui nous séparent du vote pour l’engager avec l’ensemble des citoyens décidés à rompre avec le sarkozisme, quels que soient leurs a priori concernant le premier tour. Je crois que les mettre à profit pour constituer un espace identitaire hermétique à l’aspiration à « se serrer les coudes pour y faire face » que l’enfoncement dans la crise contribue sans surprise à renforcer, ne pourrait que nous disqualifier pour la suite.

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1. NDLR. En réponse au résumé de L.A. sur la première réunion à Brest de l'Assemblée citoyenne du Front de gauche, G. Alfonsi poursuivait : «D'ailleurs, comme tu l'écris : J'ai dit posément ce que je pensais devoir dire. » Voir le résumé de L.A. dans le dossier du numéro 123 de Cerises.



 
 

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