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Communisme, commun et confrontation PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Pierre Zarka   
Mercredi, 02 Juin 2010 01:00
Les deux derniers courriers de Gérard Perreau-Bezouille poussent à une réflexion sur le communisme. Dans le second1, il interroge la logique qui conduit à une initiative propre de l’ACU alors que nous nous situons dans le cadre d’une participation active à la FASE et dans le premier, il y a quelques semaines de cela2, il interrogeait le fait de « s’accrocher » au communisme comme certains d’entre nous semblent le faire. Je crois pouvoir penser que les deux réflexions sont liées entre elles.
Cela me conduit à quatre réflexions. Je suis personnellement de celles et de ceux que la critique sévère à l’égard de la culture du PC et du passé soviétique et soviétophile ne débouche pas spontanément sur l’abandon du mot « communisme ». Je pense être lucide sur les dégâts causés et sur ce que charrie comme passif le mot. Je ne pense pas que, pour moi, il s’agirait de culte de reliques et peut-être que si un jour un autre mot émerge et s’y substitue, je serai prêt à en examiner les potentialités. Mais les « MAIS » sont peut-être plus nombreux qu’il n’y paraît spontanément.


1. Cela peut paraître simple mais une perspective qu’on ne nomme pas n’est pas une perspective. Il n’y a de mouvement que VERS quelque chose ; pas de mouvement sans trajectoire même imaginaire, même sans une part de mythes ; mythes qu’il faut sans cesse faire reculer par un esprit critique en quête des contradictions nouvelles que le moindre pas en avant ne manque pas de provoquer. Le mal fait par l’échec soviétique porte aussi sur le mal fait à l’envie de Révolution.

2. L’absence de vision d’une cohérence et de sa nécessité a des conséquences sur l’immédiat. Ce n’est pas pour rien que des idéologues nous ont sorti « la fin de l’Histoire ». Faute de désir de mise en cohérence par peur du dogmatisme, le règne du pragmatisme s’impose. Au nom du « concret », cela fait trente ans que nous courons après des urgences, pensant répondre à l’urgence par l’urgence et ce, sans efficacité aucune. Bien au contraire. Ce règne fait de toute notion de « théorie », de « philosophie », des notions péjoratives et le PCF nous a donné un magnifique exemple de perte de culture politique avec toutes les conséquences que l’on connaît. « Etre sur le terrain » et « concret » deviennent une vérité absolue qui occulte toute dimension autre que locale. Comment substituer au capitalisme une autre organisation de la société et du monde en en restant « au terrain » ? Cela conduit les luttes sociales à tendre à se replier sur le métier, sur l’entreprise et à offrir un regard fractionné sur la société et les revendications. Sortie de journées ponctuelles, l’absence de convergence même dans un seul type de métier comme les transports est la règle sauf en ce qui concerne la santé. Les enseignants ne sont pas en grève en même temps que les personnels non enseignants ou que les étudiants. Et je ne vois pas comment ce morcellement pourrait, simplement en  additionnant les morceaux, permettre une vision cohérente des transformations nécessaires. Ni des transformations ni de l’idée d’UNE transformation de la société.

3. Indépendamment du fait qu’être les « ex-communistes » n’a permis à aucun d’entre eux sur la planète de tirer leur épingle du jeu, c’est cela qui peut rendre la lecture du passé du communisme autrement qu’unilatérale. Il ya deux racines au mot qu’il nous appartient de revendiquer et de faire fructifier « Mise en commun » et dans l’Angleterre du XIV° siècle : « les gens du commun ». Dans la seconde acception du mot, il y a l’idée profondément démocratique que tout repose sur le type le plus banal. Cette idée est au fond de nombreuses aspirations à trouver sa place dans quelque chose en mouvement. Elle est pour nous terriblement exigeante : au nom du scepticisme que je partage devant tout culte de la spontanéité, nous ne savons pas faire autrement que de faire à la place des autres. Et ça ne marche pas. Le premier sens du mot prend à contre-pied le travail de sape du capitalisme qui tend à isoler les individus les uns des autres. Ne pensons pas qu’il s’agit là d’une abstraction et remarquons qu’une manifestation du 1er Mai se fait par corporation et que l’on a beau crier « tous ensemble », on ne se mélange pas.

4. Pourquoi alors cumuler l’ACU et la FASE ? Parce qu’il n’y pas qu’un seul type de pensée cohérente qui peut prétendre au dépassement du capitalisme. Pour des raisons que l’Histoire n’a pas encore dépassées, ces logiques ne sont pas prêtes de se fondre les unes dans les autres. Et c’est heureux, car pour se développer elles ont un besoin vital 1) de se confronter avec ouverture et esprit critique 2) d’en avoir conscience au point de souhaiter cette confrontation. En ce qui concerne le communisme, il a comme acquis de pouvoir promptement faire de « la question sociale » une question politique ; historiquement, il l’inscrit dans l’ouverture d’une dynamique politique ( c’est le PCF post-programme commun qui a accentué le caractère programmatique au détriment de la dynamique politique) ; il interroge (parfois très mal) le lien avec le pouvoir et…relire Marx à la lumière de nos recherches peut réserver de nombreuses et fortes surprises, c’est notamment le cas avec le « dépérissement de l’Etat », concept que nous sommes nombreux à avoir écarté faute de savoir quoi en faire. Cela ne fait pas le tour de tout, et c’est en cela que nous avons besoin de nous frotter à d’autres pensées cohérentes, mais l’expérience de la FASE par les participants à l’ACU dit à la fois l’intérêt de nous ouvrir à d’autres cultures pour renouveler la nôtre qui en a bien besoin, mais aussi l’intérêt pour d’autres de se frotter à nous. Tout le problème est de s’attacher à donner une nouvelle substance à ce mot qu’encore une fois, personne n’a supérieurement remplacé.

Je conçois parfaitement que tout cela fasse débat et c’est une nécessité du moment, c’est pourquoi je pense nécessaire de ne pas éviter la remarque initiale de Gérard. Il n’y a rien qui aille de soi.

 
Pierre Zarka

1. Voir sur ce site le 31/05/2010
2. Voir sur ce site le 12/05/2010
 
 

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