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L'échec du front de gauche dans le 93 PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Gilles Alfonsi   
Mardi, 23 Mars 2010 00:00
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Elections régionales 2010
Ile-de-France / Seine-Saint-Denis / Saint-Denis

L’échec du Front de gauche en Seine-Saint-Denis

En Ile-de-France, au terme du second tour des élections régionales, 18 candidats (dont 11 PC, 4 PG, 1 Alternatif, 1 Alternative citoyenne, 1 Gauche unitaire) formeront un groupe, au lieu de 28 sortants au sein du groupe CACRPG (24 élus sur la liste de la gauche populaire et citoyenne en 2004, auxquels s’étaient ajoutés en cours de mandat 4 élus dont 3 issus du PG). Retour sur les résultats du premier tour et en particulier sur l’échec du Front de gauche en Seine-Saint-Denis.

* Abstention

Les résultats du premier tour des élections régionales 2010 se sont caractérisés en Ile-de-France, plus encore que dans le reste du pays, par une nouvelle hausse vertigineuse de l’abstention (en voix et en % par rapport aux inscrits).

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L’abstention a été au plan national de 46,33 %, contre 34,34 % aux régionales de 2004 (+ 12 points). Le phénomène a été amplifié en Ile-de-France : 

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L’abstention avait augmenté entre les Européennes de 2004 et celles de 2009 de 3 points en Ile-de-France, de 5,83 points en Seine-Saint-Denis et 6,91 points à Saint-Denis.

L’écart entre les régionales 2004 et celles de 2010 a été de 21,51 % dans la Région, 23,69 % en Seine-Saint-Denis et 18,97 % à Saint-Denis.

On peut parler d’un véritable décrochage de la participation, le niveau de la participation au scrutin de mars 2010 se rapprochant de celui de l’élection européenne de 2004.

* La gauche

Le scrutin a été marqué par une progression importante du total de la gauche.

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Parmi les exprimés, la gauche (résultats des listes se revendiquant de gauche additionnées) obtient un très bon résultat (mais gardons en mémoire le niveau d’abstention…) : + 8,38 points au niveau francilien, + 7,84 points en Seine-Saint-Denis et + 5,93 points à Saint-Denis.

* Gauche de transformation

En Seine-Saint-Denis, le scrutin s’est aussi caractérisé par un décrochage de l’électorat de la gauche de transformation.

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La gauche de transformation perd 1,51 point au niveau régional, 3,65 points au niveau départemental et 9,19 points à Saint-Denis.

Le poids de la gauche de transformation au sein de la gauche est :
  • - en diminution en Ile de France (9,68 % sur 51,52 % en 2010 contre 11,19 % sur 43,14 % en 2004),
  • - en forte baisse en Seine-Saint-Denis (16,33 % sur 58,83 % en 2010, contre 19,98 % sur 50,99 % en 2004),
  • - en très forte baisse à Saint-Denis (22,94 % sur 67,12 % en 2010, contre 32,13 % sur 61,19 % en 2004).
Cette baisse n’est que faiblement liée à la baisse de l’extrême gauche, surtout en Seine-Saint-Denis. Olivier Besancenot réalise 3,13 % en Ile de France (contre 3,99 % à Arlette Laguiller en 2004), 5,07 % en Seine-Saint-Denis (contre 5,67 %) et 8,01 % à Saint-Denis (contre 8,18 %).

* PCF et alliés

Côté gauche, le scrutin s’est enfin caractérisé par un décrochage du PCF allié à d’autres forces (2004 : Gauche populaire et citoyenne ; 2009 et 2010 : Front de gauche)

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Le Parti communiste allié à d’autres forces perd 0,65 % au niveau  régional, 3,05 % en Seine-Saint-Denis et 9,02 % à Saint-Denis.

En voix, là où le scrutin des Européennes de 2009 avait une timide hausse au niveau régional et une stabilité en Seine-Saint-Denis et à Saint-Denis, la chute en voix a été, lors des régionales de 2010, considérable.

Total des voix obtenues :


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Pertes en voix :

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Au second tour, la liste conduite par JP Huchon obtient 56,69 % sur la région, 66,53 % en Seine-Saint-Denis (meilleur score départemental) et 77,34 % à Saint-Denis (contre respectivement 49,16 % en Ile-de-France, 57,07 % en Seine-Saint-Denis et 66,59 % à Saint-Denis en 2004). Autrement dit, la dynamique favorable à la gauche est plus forte en Seine-Saint-Denis qu’au plan régional. 

Commentaire concernant l’échec du Front de gauche

en Seine-Saint-Denis


Les éléments d’explication de la piètre performance de Pierre Laurent au niveau de la région (- 0,65 % par rapport à 2004), du très mauvais résultat en Seine-Saint-Denis (- 3,05 %) et à Saint-Denis (- 9 %) sont certes divers. En particulier, la désaffection de l’électorat populaire par rapport au fait de voter, en général, constitue un signal d’alerte - déjà ancien – pour les forces de transformation sociale, notamment pour le PCF. Sur ce point, un nouveau décrochage vient de se produire.

On remarquera sans développer ici que cela met à l’ordre du jour la question de la construction d’espaces politiques nouveaux, au niveau local et au-delà.


Cependant, concernant le PC et le Front de gauche, cela ne saurait occulter :

  • - l’abîme entre les intentions et les actes concernant la construction de la campagne et celle des listes : du temps passé dans le tête à tête de sommet avec le PG pour la répartition et la désignation des têtes de listes régionales (pour quels résultats !) ; de l’absence de construction d’une dynamique rassembleuse avec toutes les forces disponibles, finalement appelées à se rallier une fois que les décisions déjà prises sans elles ; et globalement, le choix de ne pas chercher à construire une démarche fondée sur l’implication citoyenne ;
  • - la responsabilité de la direction nationale dans le choix d’imposer à tous la candidature de Pierre Laurent, futur promu secrétaire national, alors que la candidature de Patrick Braouezec constituait un très grand atout pour une dynamique régionale (et accessoirement pour un bon résultat en Seine-Saint-Denis et à Saint-Denis). C’est le choix des certitudes de l’appareil, de la peur de changer et du refus de la diversité communiste contre celui du bon sens ;
  • - la mise au ban des communistes critiques, qui aura au total concerné, dans le 93, Patrick Braouezec, Gilles Alfonsi ; dans le 95, Jean-Michel Ruiz (désigné premier éligible par les communistes du 95) et Rosita Jaouen (éjectés de la liste du second tour, au bénéfice de Francis Parny, qui poursuivra donc son quart de siècle de mandat régional) ; dans le 94, Malika Zédiri… On notera que Rosita Jaouen et Malika Zédiri, étaient deux femmes, éluEs sortantes (premier mandat régional), la seconde étant une militante très connue dans les mouvements de lutte contre la précarité.
  • - la mise à l’écart aura aussi concerné les élus sortants d’Alternative citoyenne : seuls François Labroille a été réélu. Claire Villiers - qui fut co-tête de liste régionale en 2004 avec MG Buffet et à laquelle la tête de liste dans le 92 a été refusée - etTarek Ben Hiba ont été relégués au second tour pour ne pas être élus. On note que Claire Villiers est issue du monde syndical et que Tarek Ben Hiba est le nouveau président de la FTCR, très impliqué dans les rapports avec les mouvements issus des quartiers populaires.
  • - Concernant la Seine-Saint-Denis, la construction d’une liste catastrophique : sans le Forum social des quartiers populaires, excluant la candidature de Clémentine Autain (interdit politique d’un autre âge pour cause de vengeance politique), réitérant une nouvelle candidature de MG Buffet, reléguant la candidature de Mouloud Aounit, élu sortant qui avait été tête de liste départementale en 2004, pas de candidature en position éligible d’un candidat issu de Saint-Denis ou de Plaine Commune (et surtout pas communiste unitaire)…

Lors des polémiques concernant la construction de la liste en Ile de France et particulièrement concernant celle de la Seine-Saint-Denis, Hervé Bramy, secrétaire départemental, évoquait sa volonté d’assumer toutes ses responsabilités… Chiche ?

Cela supposerait d’abord de mettre fin à la politique de l’autruche, qui n’a pas cessé depuis la présidentielle de 2007 et la perte de la présidence du Conseil général en 2008.

Cela supposerait mettre en question un appareil et des pratiques de direction du PCF, en Seine-Saint-Denis comme au plan national, coupés des réalités et inconséquents dans l’animation politique des potentialités que suscite le rejet des politiques de la droite et de Sarkozy.

Cela pourrait d’appuyer sur le dévouement et l’opiniâtreté de nombre de militants communistes, mis aujourd’hui dans l’impasse, en particulier en reprenant complètement la question des rapports avec la population, notamment les plus modestes et précaires.

Il est temps d’explorer d’autres voies.


Gilles Alfonsi
Saint-Denis, 23 mars 2010.
 
 

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