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Ruptures et confrontation PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Annie Bruant   
Dimanche, 21 Février 2010 02:00

" Phillips, Total, Ikéa, même combat contre le patronat »,

Voilà ce qui est marqué sur une banderole affichée devant l’entreprise Philips de Dreux qui vient de gagner, par la lutte, l’annulation par le tribunal de la fermeture de leur entreprise et la reprise du travail, alors qu’ils s’étaient retrouvés lundi dernier bloqués devant les grilles que le patron avait décidé de fermer sans avertir personne.

« C’est une 1ère en France qui fera jurisprudence », disent les média qui ont la mémoire courte. C’est en effet oublier que c’est la 2ème entreprise de la région où une telle victoire se produit en quelques années, après TDA (Thomson Daimler Armement) de La Ferté Saint-Aubin qui avait aussi gagné, par la lutte, l’annulation d’un plan de 100 licenciements devant le tribunal d’Orléans et la réintégration des salariés qui le souhaitaient. Réintégrations qui n’ont été effectives que par la lutte tenace dans la durée. Lutte qui dure depuis février 2004, annonce des licenciements, annulés par la Cour d’Appel d’Orléans en septembre 2006, confirmation par la Cour de Cass en mars 2008. Réintégrations gagnées en Référé Prud’hommes en mars 2008  et confirmées par la Cour d’Appel en juillet 2008, mais effectives après interpellation du Préfet le 1er Avril 2008. La lutte dure encore sur plusieurs aspects. Lutte conduite par Armelle, communiste unitaire.

Est-ce que nous ne sommes pas là face à une rupture ?

C’est l’écrit de Pierre Z. qui m’a conduite à réfléchir à ces aspects des luttes et m’a conduite à cette contribution.

Croire qu’on peut faire annuler un plan de licenciements et obtenir la réintégration des licenciés et leur indemnisation, n’est-ce pas « croire au Père Noël ». Mais c’est justement parce qu’un certain nombre y croyaient (peu nombreux toutefois…. Il n’y a pas assez de communistes unitaires chez TDA !) que la lutte a été menée et gagnée. Il faut aussi vouloir en finir avec la toute puissance patronale et être persuadé qu’on a le pouvoir de le faire !

Mais en même temps que cette lutte a eu des soutiens extérieurs, les responsables de l’UL d’Orléans et de L’UD du Loiret n’ont apporté aucune aide, aucun soutien. De même pour le Parti communiste dont le secrétaire fédéral est élu à la Ferté et au Conseil régional. Au contraire Armelle est vilipendée… sans doute justement parce qu’elle n’est pas dans les normes et qu’en plus elle est une femme ! Ca dérange encore plus ! Mais c’est surtout que eux ne pensent pas qu’il y a besoin de ruptures avec l’existant et qu’ils ne croient plus à la Révolution. Le PC a effectivement bien perdu les attributs qui l’identifiaient au Communisme et à la Révolution !



Tout cela pour dire que je suis d’accord avec Pierre, il y a besoin de ruptures, et de Révolution. Même de RévolutionS ! Je crois aussi que le mouvement de rupture est commencé, le tout est de le voir et de voir que c’est de cela dont on a besoin. Que c’est cela qu’il faut faire grandir.

Oui, il y a besoin de ruptures, mais en même temps ces rupture remettent en cause les pouvoirs en place, chez les institutionnels, dans le patronat et y compris dans les organisations qui se disent démocratiques. C’est pour cela que ça dérange, et encore plus quand on est une femme, car tous ces pouvoirs sont masculins (du moins ceux que je cite ci-dessus) ! Ca dérange et ceux qui ont « le pouvoir » s’opposent de toutes leurs forces à ces ruptures qui remettent en cause leur (petit) pouvoir.

C’est pour cela qu’il faut foncer pour rompre avec l’existant et avec tous les pouvoirs. Je pense que c’est vraiment de cela dont il faut parler et surtout passer à la phase pratique. Pierre pose la question : « Faut-il attendre d’être fin prêt, pour commencer à le faire », c'est-à-dire faire la Révolution ? Non, puisque c’est déjà commencé, même si ceux qui le font n’en ont pas la conscience claire. Je pense qu’une partie de notre travail idéologique, c’est de faire « prendre conscience » que ces succès sont des « ruptures avec l’existant » et que c’est par là que le changement de société passe. A un moment (il y a longtemps ! ), on disait au PCF : « Luttes, débats et vote, pour construire le changement de société », c’était quand le PCF avaient encore pour vocation de changer la société !

Je pense qu’il est plus urgent de parler de ce besoin de rupture et de son expérimentation que de la démocratie, encore qu’on voit bien au travers du débat qui a lieu sur la liste, que la notion de démocratie a aussi perdu beaucoup de ses attributs ! A nouveau je cite Pierre : « Il n’y a de démocratie, que pour autant que les « sans voix » bousculent cet ordre établi (la légitimité) et arrachent le droit à être reconnus comme porteur de paroles »…. Encore une rupture à imposer et qui est déjà commencée elle aussi.

Beaucoup de ruptures sont commencées, mais elles sont encore trop petites. A nous de les voir pour les faire grandir et les valoriser en montrant que c’est cela le chemin de la Révolution. Car c’est vrai qu’on n’a jamais autant parlé de Communisme et de Révolution, y compris dans la pub, sans doute pour dévoyer cette aspiration qui grandit.

Je voudrais aborder aussi un autre sujet qui est toutefois lié. Celui de l’affrontement. L’affrontement d’idées, mais aussi l’affrontement contre le patronat et tous les pouvoirs.

Sous prétexte de « protéger l’appareil », CGT ou PC, (ou autres), il ne faudrait plus débattre, plus émettre des idées « subversives » ou qui ne sont pas « dans les normes » que les « détenteurs du pouvoir » voudraient imposer. Pour ne prendre qu’un exemple : la société patriarcale. Je pense qu’une des ruptures qui doit se faire pour débloquer la société, c’est bien de rompre avec le Patriarcat. Mais qui parle de « société patriarcale » ? Je me souviens de l’avoir évoqué dans un débat, et une prof d’Université m’a dit : « je n’oserais jamais employer ces termes devant mes étudiants ». C’est un mot tabou pour tout le monde ! Sans doute parce que c’est gênant de remettre en cause ce pouvoir, cette hiérarchie de la société. Qui pourtant est remise en cause de plein de manières, à commencer par le fait qu’aujourd’hui les filles sont plus diplômées que les garçons. L’accès au savoir est un des moyens de l’émancipation des filles et des femmes, une rupture avec « la femme à la maison et l’homme qui gagne le pain quotidien », mais si nous ne rompons pas avec la société patriarcale, les filles et les femmes continueront d’être aliénées et la société ne pourra pas évoluer ! Et cela n’est pas la moindre des ruptures à opérer ! Encore faut-il oser aller à l’affrontement d’idées sur cette question, car sinon pas d’évolution possible ! La multiplication des violences contre les femmes ne sont-elles pas justement des réactions « patriarcales » à cette rupture qui tente de s’opérer contre l’aliénation des femmes et la société patriarcale ?


De même pour ce qui est du pouvoir patronal à l’entreprise. Le Patron a le pouvoir et le défend à coups de sanctions contre les salariés qui osent le contester. Les 2 exemples que je cite au début, montrent qu’il est possible de mettre en échec la toute puissance patronale à l’entreprise. Ce sont des échecs cuisants qu’on peut reproduire et aussi dans pleins d’autres domaines, mais la condition c’est l’affrontement. C’est ce que ne veulent plus faire ceux qui, parmi les dirigeants de la CGT et du PCF, sont devenus des « institutionnels ». C’est pourtant totalement impossible de rompre avec le patronat de droit divin si on ne va pas à l’affrontement avec lui, avec la conscience qu’on peut le mettre en échec ! La colère gronde et la banderole que je cite en titre de mon écrit montre que la conscience de la communauté d’intérêt à la fois grandit et, en s’affichant, contribue à la faire partager plus largement. Je précise que LA camarade CGT qui a aidé les « Philips » à mener cette lutte gagnante est aussi vilipendée par la direction de son UD d’Eure et Loire…

Pierre a raison de dire que ce qui est mobilisateur, c’est « la conscience d’avoir le pouvoir d’empêcher » quelque chose, ou de l’imposer. C’est cela qui permet d’aller à l’affrontement. Cela passe donc par une bataille idéologique appropriée. Bataille idéologique indispensable car, à mesure que les ruptures et le nouveau émergent dans la société, « le vieux » se défend avec acharnement, pour ne pas perdre son pouvoir. Les communistes unitaires doivent être là où on n’attend plus le PCF. Et plus le « vieux » se défend, plus nous devons l’affronter avec force et la conscience qu’on peut rompre avec lui.

J’ai adhéré à la CGT en 1968, pour me faire respecter et ne plus être seule pour me battre. J’ai adhéré au PCF en 1972 parce que je voulais changer le monde pour un monde plus juste et que le PCF à cette date permettait d’y croire. Le PCF a abandonné ce combat, je le poursuis avec les communistes unitaires.

 
 

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