| Vote ou abstention : "la" question ? |
|
|
|
| Écrit par Armand Bacca, Julien Alapetite, Gilles Alfonsi, Bernard Floris |
| Vendredi, 05 Juin 2009 01:00 |
|
Quelques contributions qui illustrent les échanges autour des élections. Très ciblées sur vote ou abstention, ces contributions ont été relayées par un débat sur des problématiques qui dépassent le seul cadre des élections et qu'on retrouvera dans la rubrique Communisme / débat général (listées également dans l'annonce de l'Assemblée générale de l'ACU des 12 et 13 juin). Armand Bacca, dans la première intervention, réagissait au texte adopté en AG le 28 mars, texte dont le projet avait été soumis à discussion sur la liste de l'ACU. Cet échange peut aussi être téléchargé au format pdf. Armand Bacca, 5 mai J'ai conscience que ce débat ne convient pas à tout le monde. Tant pis ! je prends le risque, car le débat, c'est avant tout la confrontation des points de vue. A moins qu'on ne considère qu'il faille dire amen à tout ce qui se décide en AG, même quand on n'a pas pu participer à la prise de décision. C'est pourquoi je persiste à dire qu'il y avait beaucoup mieux à faire que d'appeler "à battre la droite et toutes les listes qui approuvent le Traité de Lisbonne." On se rabat là-dessus, quand il n'y a vraiment rien d'autre à faire ou à envisager. Or, il y avait et il y a toujours, autre chose de bien plus ambitieux et dynamisant, à proposer, sans s'en remettre, une fois de plus, au bon ou au mauvais vouloir de partis politiques de plus en plus discrédités et marginalisés. La situation d'ensemble est telle aujourd'hui, qu'il serait navrant de ne pas voir tout le profit qu'on pourrait en tirer, pour avancer vers ce qui reste notre objectif premier ; parvenir à rassembler largement afin d'être en capacité de proposer une alternative crédible au capitalisme de plus en plus contesté. Par exemple, alors que nous risquons de passer à côté du rejet massif que provoque la politique de Sarkozy (encore confirmé par les derniers sondages), et que nous nous délitons sous l'effet désastreux de la division, il eût été opportun et sans doute beaucoup plus productif d'être à l'initiative, que de constater les dégâts. Et qu'on le veuille ou non, aujourd'hui, être à l'initiative et ne pas subir, c'est prendre en compte tous les refus qui se manifestent de plus en plus massivement, pour leur donner corps et consistance. Refus de la crise, refus d'en payer et d'en supporter les conséquences, refus du système social qui la génère et s'en nourrit, refus des institutions qui l'alimentent et l'entretiennent, refus de toute collaboration ou compromission à son égard, et refus du politique tel qu'il est pratiqué de nos jours. Ce front du refus, même s'il n'a pas encore véritablement pris forme, est, néanmoins, une véritable mine ! S'il faut laisser quelque chose de côté, quand on se propose de rassembler largement, ce sont les éléments de division. Pourtant ils ont eu le temps de tirer les leçons du catastrophique bilan des présidentielles. S'ils persistent, c'est que leur seule véritable ambition, c'est d'avoir un élu de plus que l'autre, point final ! Comme il ne saurait être question de revivre le même cauchemar, le mieux encore c'est de ne pas leur accorder le moindre crédit, même par défaut. C'est la raison pour laquelle, il faut ajouter aux autres refus, le refus de vote aux européennes. D'autant que cette fois-ci, ce refus peut être une arme redoutable permettant de se venger de l'outrage fait au NON. En effet, quand l'abstention ou le refus de vote, atteint près des sept dixièmes de l'électorat, on n'est pas très loin de la crise institutionnelle grave, non ? Et qu'avons-nous à perdre en la provocant cette crise, si ce n'est un manque de courage politique ?
De plus, à l'image exemplaire de ce qu'a pu faire le LKP en Guadeloupe, il n'est pas besoin de se mettre à la remorque des partis politiques, surtout quand il ne veulent pas des autres ! De toutes façons, aujourd'hui, la solution ne peut pas venir de quelque parti politique que ce soit, mais du mouvement social lui-même, dont les partis politiques sont une des composantes, mais rien de plus ! Julien Alapetite, 5 mai Bonjour, Je vois un hic dans le raisonnement qui a déjà été pointé mais je le repointe. Le déroulement du raisonnement est basé sur des prémisses, prémisses posées comme réalité, réalité donnée ensuite comme données objectives dont il faut tenir compte. Personne n'objectera qu'il faut tenir compte de données objectives, à condition que ces données objectives aient quelques choses d'objectifs et non de complètement subjectifs. Or quand je lis: tous les refus qui se manifestent de plus en plus massivement, pour leur donner corps et consistance. Refus de la crise, refus d'en payer et d'en supporter les conséquences, refus du système social qui la génère et s'en nourrit, refus des institutions qui l'alimentent et l'entretiennent, refus de toute collaboration ou compromission à son égard, et refus du politique tel qu'il est pratiqué de nos jours. je ne suis pas sûr que nous vivons dans la même réalité. Pour l'instant ce qu'on observe c'est que les gens subissent et acceptent. J'y du mal à voir quels symptômes observables permet de dire qu'il y a une quelconque démarche active de refus de la part de la population, quelque chose qui est une signification d'ordre politique que l'on pourrait exploiter. Et l'abstention n'est pas une démarche active mais une démarche passive quelque chose que j'aurais plutôt tendance à voir comme une soumission voire une capitulation en tout cas certainement pas quelque chose qui nous sert d'une quelconque manière. J'ai du mal à voir en quoi les records d'abstention aux USA montre que les américains sont particulièrement rebelles.... Le seul résultat objectif incontestable d'un vote abstentionniste de notre part c'est qu'il y aura plus de députés de droite et du PS au parlement européen. Après on peut s'en laver les mains et qu'après tout c'est pas grave d'avoir un mec de droite à la place d'un Francis Wurtz par exemple, et penser qu'on a avancé en ayant moins de députés de gauche et plus de droite. Fraternellement, Gilles Alfonsi, 14 mai Cher Armand Bacca, ... Je ne considère pas du tout que le fort niveau d'abstention qui s'annonce ait une dimension positive. J'y vois surtout du désintérêt, de la démobilisation, et l'installation (ou la confirmation) de la séparation entre mouvement social et politique, que nous combattons (et cela ne veut pas dire du tout que je considère que le mouvement social ne fait pas de politique, ni que la politique doive être seulement affaire de conquête du pouvoir d'Etat ou affaire électorale). Bref, j'y vois le résultat de notre impuissance. Et alors, il ne suffit vraiment pas de dire "il faut respecter le mouvement social" : cela ne veut rien dire. On peut le respecter en théorisant en faveur de la coupure entre mouvement social et politique, comme on peut le respecter en théorisant dans le sens inverse. Que notre démarche politique ne soit pas focalisée, ou centrée, sur les élections, c'est à mon sens nécessaire. Que nous considérions les élections comme une affaire de seconde zone, c'en est une autre. Et que nous considérions enfin qu'il n'y ait pas d'enjeu à être présent dans les institutions, c'en est encore une autre. Enfin, il me semble que Julien Alapetite a développé une réflexion importante sur le besoin d'articuler constamment court, moyen et long termes (admettre que des questions fondamentales se posent à nous ne veut pas dire rentrer en conclave pour trois générations). J'ajouterai à ses arguments que nous ne devrions pas chercher seulement à être un club de réflexion, fut-il intéressant en tant que tel. Je pense que notre communisme doit être à usage immédiat, donc être une action politique (même si nous avons peu de moyens). C'est pourquoi il n'y a pas de sens à mon avis à ce que l'ACU existe dans son petit coin, sans chercher à construire avec d'autres. Et c'est pourquoi je pense que l'esprit de la Fédération, et son déploiement, constitue une nécessité (au titre des expériences importantes nécessaires dans la période de recomposition qui s'ouvre). Gilles Alfonsi{mospagebreak title=B. Floris Bernard Floris, 15 mai L'abstention n'est pas une phénomène uniforme, les abstentionnistes n'expriment pas toutes et tous la même chose. Au passage, il ne faut pas oublier avoir une vision enchantées des votant-e-s. Beaucoup ont une vision utilitaire immédiate des résultats du vote, bien en deçà d'un jugement politique élaboré (loin de là qu'ils soient des idiots, mais tout simplement parce que la politique ne fait pas partie de leur vie quotidienne comme les militants que nous sommes, et que les institutions politiques en crise, parallèlement à des conditions sociales qui "privatisent" la vie, ont participé à produire cet éloignement). Il faut aussi mentionner les millions d'électeurs qui, depuis plus de vingt ans, votent PS pour "battre la droite", tout en sachant qu'il fera la même politique mais en moins dur et moins violent. En n'oubliant pas qu'une grande partie déplore la division, les querelles et l'éparpillement à gauche du PS (là réside la possibilité d'une dynamique pour une gauche de gauche, à condition de proposer une alternative crédible et de construire un rassemblement). Nous savons qu'il y a un noyau dur d'abstentionnistes que la misère et les urgences de survie éloignent irrémédiablement d'un quelconque espoir immédiat de tirer quoi que ce soit des élections pour leur situation propre (mais qui sont aussi tout prêt à tomber éventuellement dans la promesse d'un coup médiatique, genre "rompre avec la fracture sociale" de Chirac, ou "travailler plus pour gagner plus" de Sarkozy"). Dans ce noyau dur d'abstentionnistes, il y aussi toute une frange de "petites gens" qui, pour diverses raisons, sont écoeurées par "la politique" et les politiciens en général". Ce qui n'est pas sans raisons ! Mais au-delà de ce noyau dur, il existe un "abstentionnisme politisé" (pour aller vite) de personnes qui estiment n'avoir aucun candidat ou parti qui leur convienne, et parmi les anticapiitalistes qui déplorent la division et les querelles à gauche, ou qui expriment leur protestation contre les institutions politiques, faute d'autre chose. Celles et ceux là ne veulent pas ou plus faire un vote négatif de "pis aller". Si le taux d'abstentions grimpe aux élections européennes c'est parce que cette dernière frange d'abstentionnistes politisés a des raisons évidentes de réprouver les conditions politiques et démocratiques de cette élection. Elles et ils la considèrent comme une duperie, en particulier depuis le non majoritaire à la constitution européenne. A tord ou à raison, elles et ils ne voient pas l'intérêt d'élire un ou deux candidat dont l'influence et l'action seront pratiquement nulles. Il n'est évidemment pas question de fuir le combat dans les institutions, mais il est question de savoir quand ça sert notre combat politique et quand ça le dessert, et de savoir comment on l'inscrit dans une stratégie globale pour ne pas être ballotés au gré des alliances de sommet éphémères, partidaires et coupées des mouvements sociaux. Là se repose la question fondamentale du rapport entre mouvement social et institutions politiques (et celui du rapport entre le court et le long terme). Pour donner un exemple infime : je serai un abstentionniste politisé le 8 juin. Et je me pose de plus en plus la question de m'abstenir au prochain second tour d'une élection nationale (on reste calme...) ? Avec respect pour celles et ceux qui font un autre choix, on continue le débat. Bernard |



