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Psychopouvoirs - Vieux comme le monde ? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par J.Bl. Lazare, Julien Alapetite   
Dimanche, 03 Mai 2009 01:00
Libres de nos choix ou sous influence ? Conditionné par les psychopouvoirs qui nous renvoient à nos pulsions et non à nos désirs, nous dit Jean-Blaise Lazare. Vieux comme le monde, répond Julien Alapetite.  Un échange du 3 au 15 mai en lien avec notre liberté de choix dans le contexte électoral. (également en pdf)

Psychopouvoirs - Vieux comme le monde ?

Jean-Baptiste Lazare - 3 mai 2009

Pour éviter d’être un Euroleptique

Il n’y a actuellement pas d’obligation de vote. Heureusement. Mais à y regarder de plus près, ce n’est pas nécessaire car la population répond à ce devoir citoyen d’aller voter. Donc chacun s’oblige à le faire au nom de ce devoir.
Ce devoir est lui-même porté par la haute idée que cette possibilité est le reflet d’une démocratie qui permet au peuple de choisir, en toute responsabilité, la ou les personnes qui vont le représenter. Il choisit, donc il est libre.
Cela a peut-être été le cas un temps. Il faudrait le regard aiguisé des historiens pour nous éclairer à ce sujet. Mais actuellement, les techniques de marketing et le psychopouvoir qu’elles engendrent, permettent de maîtriser complètement les circuits des échéances électorales. Après le biopouvoir qui dresse les corps, le psychopouvoir discipline les esprits.

Pour être un bon citoyen, il n’y a qu’à suivre le développement imposé par le système qui installe, dès la naissance, les valeurs du capitalisme et du libéralisme (puisque ce sont les mêmes valeurs que tous deux portent de manière insécable), au centre de l'apprentissage de chacun. Ainsi, pas de problèmes, vous êtes assuré de voter pour l’un ou l’autre des partis en présence lors des échéances électorales et, donc, de faire vivre ce système adopté par des gens qui croient en leur liberté. Sauf que…

Les valeurs qu’on vous a inculquées toute votre enfance au travers de l’école, par exemple, mais aussi au travers de toutes les autres institutions auxquelles vous avez été confronté, sont, du temps de votre majorité, relayées, comme avant mais par d’autres programmes car maintenant vous êtes des électeurs, par le psychopouvoir de la télévision comme l’atteste Patrick LELAY qui, du temps de sa présidence à TF1, avouait qu’il ne s’adressait pas aux téléspectateurs quand il confectionnait ses programmes, mais aux annonceurs à qui il vendait du temps de cerveau disponible.
Ce même cerveau disponible que vous êtes et qui absorbe les injonctions des annonceurs sans vous en rendre compte, absorbe aussi les injonctions politiques de la même manière. Ça marche très bien. La preuve les annonceurs payent très cher la diffusion de leurs spots et ils en rajoutent sans cesse. Si cela ne leur rapportait pas, ils n’insisteraient pas ; money is money !
D’où l’inflexible intérêt du gouvernement pour maîtriser les médias et particulièrement la télévision. Dès lors, vous êtes prêts à voter comme il faut parce que vous êtes formaté depuis le début pour ça (entre autre). En tant que téléspectateur, vous n’êtes pas une fin mais un moyen pour les directeurs de chaînes et les politiques qui les contrôlent.

Quel intérêt a le gouvernement de vous faire voter ?
C’est de cette manière qu’il vous fait croire que vous êtes libre et que c’est vous qui choisissez. Ainsi, quelle raisons avez-vous de vous rebeller au-delà du raisonnable puisque la démocratie a tranché ?... Sauf que vous êtes sous influence.

Peut-être y a-t-il eu un temps où le jeu était sincère. Il me semble que jusqu’à De Gaulle, les gouvernants n’étaient pas à l’abri d’un retournement radical des politiques capitalistes, mais il apparaît que l’histoire a plutôt permis à leurs tenants d’affiner ce jeu en leur faveur, surtout grâce à l’apparition et la vulgarisation de la télévision.
D’abord en leur permettant d’imposer aux gens de voter pour des représentants qui ne mettent pas en péril le système capitaliste. Une première expérience de ce type a été faite avec l’élection de Mitterrand. Ça a marché, Maastricht a été adopté, le bipartisme est né. En fait, évidemment, c’est « bonnet blanc et blanc bonnet », car quel que soit ce que vous votez, vous êtes toujours dans un univers capitaliste. Mais ce jeu est pratique pour continuer à faire croire à la population qu’elle a encore le choix... celui de l'alternance.
D’autre part, la construction de l’Europe dont le centre de décision est une forteresse tenue par des libéraux, comme nos précédents échanges ont pu en attester allègrement, permet de diluer les risques de basculement des politiques au cas où un parti revendiquant des alternatives plutôt que l’alternance, arriverait à prendre le pays. En effet, la dimension de nation européenne relègue chacun des pays qui la constitue au rang d’une simple province. Une telle prise de pouvoir aurait la même valeur qu’en a actuellement une région qui revendique son autonomie en France. Soit un rôle contestataire sans danger pour le pouvoir en place Mais qui fait encore une fois illusion de démocratie et qui fait un excellent motif électoral quand on a besoin d'avoir recours à du sécuritaire.

Sur quel mécanisme repose ce psychopouvoir ?
Il me semble que la facilité pulsionnelle dans laquelle vous baignez depuis votre naissance, car on vous y a immergé, y joue un rôle majeur. Je m’explique :

Quand vous êtes libre, vraiment, c’est-à-dire débarrassé d’un pouvoir qui vous met sous contrôle, vous êtes capable d’exprimer et de faire s'épanouir vos désirs au fur et à mesure du déroulement de votre vie. La diversité des gens permet alors d’avoir des expressions des comportements, des « techniques de vie » complètement différentes les unes des autres, en fonction de votre personnalité, de vos croyances (au sens philosophique du terme), de vos singularités. Les moyens sont à disposition, si nécessaire, car il est permis d’interpréter, d’inventer, de dévoyer la fonction des objets qui sont disponibles. Les différences s’affirment et s’affichent et, pour peu que la peur de l’autre ne soit pas cultivée, ces différences se complètent et s’enrichissent les unes les autres. Vous êtes porté vers l’extérieur par votre intérêt et votre curiosité. Vous participez à ce qui se passe dans votre microcosme comme dans votre macrocosme. Un monde enchanteur en quelque sorte car il favorise la créativité et le merveilleux issu des passions que seule la sublimation propre au désir véhicule. Le déploiement du désir demande de la réflexion, de l’investissement, de la volonté et toutes ces phases sont accompagnées de plaisir.
Si l’on a affaire à un gouvernement qui favorise ce genre d’échanges, il permet à chaque individu qui constitue sa population que son désir ne soit pas court-circuité par sa pulsion. Ce que réalise très bien la télévision par exemple en plongeant les gens dans une léthargie, par la captation de leur attention. Le processus est très proche de celui de la drogue. On est anesthésié et prêt à recevoir toutes les idées constitutives du capitalisme, même si elles vous sont présentées sous forme de débats dans lesquels les gens semblent se déchirer sur des points que l’actualité rend particulièrement chauds. C'est pour l'un de ceux-là que vous irez voter. Pendant ce temps, vous ne vous posez pas les questions épistémologiques qui pourraient remettre en cause ce dispositif et vous faire réellement rêver.
C’est une attitude pulsionnelle qui court-circuite votre désir de réaliser des projets que, du coup, vous ne faites pas. Car cette satisfaction directe vous est plus facile et vous extrait des problèmes que pose la réalisation de votre désir s’il devait se mettre en marche. N’avez-vous jamais remarqué que c’est quand vous avez des choses à faire que vous vous mettez devant la télévision ?... Même votre sexualité y passe.
On peut s’interroger de savoir pourquoi la question d’une chaîne de télévision pour les moins de trois ans a fait irruption voici quelques mois. Outre l’aspect commercial qui reste à déterminer, car ce n’est pas le créneau d’âge le plus porteur, il n’est pas anodin de constater que le gouvernement n’y était pas franchement hostile. Heureusement qu’une levée de bouclier de tout bord a fait capoter le projet. Ce n’est certainement que partie remise pour le gouvernement. L’objectif est qu’il faut que la maîtrise soit totale et que le dressage commence au plus tôt. L’habitude de la télévision est une donnée essentielle pour le contrôle de la population et il est donc souhaité, en haut lieu, que sa dépendance soit bien ancrée en chacun.
A défaut d’être enchanté par la réalisation de vos désirs, vous êtes ensorcelé par son évitement pulsionnel impulsé par la télévision. Sachez qu'une personne de 80 ans a passé en moyenne 12 années de sa vie devant le petit écran.

Alors, vous l’aurez remarqué, je m’adresse à vous dans mes propos alors que vous êtes sans doute ceux qui résistent le plus et le mieux à ce genre d’envoûtement que génère le psychopouvoir tiré du marketing. Ces descriptions concernent plus la grande majorité de la population qui baigne dans ces manipulations cérébrales sans le savoir, que vous. Certes, vous faites partie de ceux qui dénoncent ces phénomènes et leurs exploitations abusives. {mospagebreak}

Mais êtes vous sûr de ne pas en être victime à l’occasion pour autant ?

Vous êtes vous posé par exemple la question de savoir pourquoi quand vous votez, la plupart du temps, quand ce vote est décisif, vous ne votez pas pour celui que vous trouvez le mieux mais pour celui qui est le moins pire ? Pourquoi en arriver à chaque fois à voter pour quelqu’un qu’on ne désire pas ? Pourquoi quand vous pouvez voter pour celui que vous souhaitez, comme c’est sans doute le cas pour ces Européennes, même s’il est élu, il n’a pas le moindre pouvoir de faire valoir vos principes ? Et pourquoi quand il est pour sa part bien installé là ou vous l’avez mis, il ne tient pas toujours ses promesses, voire les trahit quelques fois ouvertement et sans la moindre vergogne ?
Je vous laisse répondre à ces questions...

Ne peut-on pas concevoir sa position face aux élections européennes comme une posture construite et non pas réactionnelle ?
On ne va pas voter parce qu'on a une érection ! Ce n'est pas une démarche à caractère pulsionnel. Ceux qui vont voter, ou non, par dépit, par colère, par défiance ou à l'inverse par stratégie, par opposition à, etc...à mon avis se trompent. La démocratie est une chose. Son organisation actuelle en est une autre. Si elle a pu faire vérité un moment, il me semble qu'elle ne fait plus illusion pour beaucoup d’entre nous. Ce système, qui dresse une majorité, acquise pour l’essentiel par manipulations cérébrales, contre ses minorités, n’est pas à qualifier de démocratique.
Les partis ou les organisations institutionnelles (comme la nôtre, car jusqu’à preuve du contraire je ne vois pas ce qui la différencie des autres) ont leur idée et leur choix qu’ils répandent comme des mots d’ordre lors des échéances électorales. Mais en fait, c'est le choix de chacun et cela le restera dans l'isoloir.
Il y a une autre façon de mettre les gens sous influence, c’est de les inciter à voter pour l’un ou pour l’autre au nom d'une stratégie électorale.
Pour ma part, j’ai donné mon avis et je ne l’impose à personne. De surcroît, je ne suis plus suffisamment hétéronome pour répondre à des commandes extérieures. Je réponds à mes convictions qui passent avant les nécessités de service.

Ceci pour une seule raison :
Il me semble important, véritablement citoyen et responsable de suivre ce que notre éthique nous dicte. En notre âme et conscience. Et plus précisément, un vote ne s’effectue pas "à vue de nez" mais à bout de réflexion.
Cette position est intellectuelle et personnelle. Elle est le reflet de ce que chacun de nous est. Cette posture est notre identité. Voter pour un autre auquel je crois peu ou pas n’a pas de sens.
Donc je ne vais pas voter pour exprimer ma colère ou pour faire de l'ombre à tel ou tel parti ou organisation ou encore pour éviter le pire. Je ne vais même pas voter pour être anticapitaliste car cette appellation ne me convient pas L’anti-quelque chose est encore la preuve de l’aliénation à ce quelque chose. Or ce que je cherche, c’est justement à sortir de cette aliénation. A m’en émanciper une bonne fois pour toute. Cela veut dire avant tout vivre autre chose que ce que tout le monde vit couramment tous les jours. Mais on est vite limité quand on est tout seul.
Je suis plus sensible aux valeurs de l'être que de l'avoir, ce qui fait de moi un marginal dans cet univers où tout se résume à en avoir...ou pas.

A ce sujet, je suis étonné de constater que les valeurs que nous portons, à aucun moment nous essayons de les mettre en application, au moins entre nous, ce qui me semblerait un exercice beaucoup plus intéressant que de savoir qui je vais essayer d'élire pour me représenter dans telle ou telle institution.
Nous nous disons communistes…mais ou est notre communisme ? Comment le vivons-nous ? Comment s’exprime-t-il en dehors des échéances électorales ? Je constate que bien souvent, notre communisme se résume à faire une critique acerbe du système en place et à idéaliser une utopie qui se résume à un manque de quelque chose de très nébuleux. Si ce manque est bien constitutif d'un réel désir alors pourquoi ne pas lui donner corps ? Si nous sommes prêts à vivre ce que nous croyons alors commençons par le faire. Qu'est-ce qui nous empêche de faire de la mise en commun dès maintenant ? Dont acte.

JBL{mospagebreak title=Sous influence ?...}

Julien Alapetite - 7 mai 2009

Sous influence ? Vieux comme le monde !

Pour la discussion qui nous concerne, j'ai du mal à voir la différence singulière qu'il y a entre aujourd'hui et y a 30 ans ou 100 ans ou plus. L'être humain est un être social soumis à toutes sortes d'influence dès qu'il naît. Être sous influence de ses parents, du système éducatif, de personnes charismatiques, d'émotions créées par des événements le long de notre vie ; jusque là, il me semble que c'est le lot du commun des mortels. S'influencer les uns les autres, c'est ce que nous faisons en permanence y compris sur cette mailing liste quand on ne fait pas que s'écouter parler, on essaie de pénétrer dans le cerveau de l'autre pour le convaincre. Il y en a toujours qui sont plus forts que d'autres à ce jeu là, comme les leaders, les personnes charismatiques, toute personne qui devient un chef, un shaman, un Raspoutine....
Le marketing, c'est juste la science qui comprend comment cela marche, et du coup en fait une technique. Mais cette technique n'appartient pas qu'au système, elle est accessible à nous aussi, et on peut l'utiliser nous aussi et n'importe quel tract est conçu selon des techniques de communication, une des forces de Georges Marchais, dans les années 70, ça a été d'être un des leaders politiques qui a le mieux utilisé la télévision, on pourrait dire ça de Besancenot aussi aujourd'hui.
Maintenant la grande question est : dans quelle mesure ces techniques marketings marchent et nous influencent ? Que nous reste-t-il de notre libre arbitre si l'on devait pour les besoins de la démonstration diviser notre cerveau en deux parties : la partie influencée et la partie libre arbitre. A lire les contributions, on a l'impression qu'il ne reste quasiment plus rien de notre libre arbitre. Comme il n'y pas de mesure de cela, c'est notre perception du comportement de la population qui nous amène à conclure. Comme la population vote Sarko, consomme des choses qui ne lui sert à rien, est dans la recherche de l'avoir plutôt que l'être, s'intéresse à des choses futiles comme les jeux télévisés, voici la preuve que ce conditionnement marche.

Mais le problème c'est qu'il y a là comme quelque chose qui est posé par nous, nous qui savons ce que les êtres non conditionnés feraient, ils ne voteraient pas Sarko mais ... (qui ??) , auraient une vie frugale, s'intéresseraient aux choses de l'esprit et de la relation sociale, à la vie de la cité, regarderaient Hamlet à la télévision. Nous nous posons comme êtres non conditionnés qui savons comment les gens se comporteraient s'ils étaient "normaux". Mais n'est-ce pas être soi-même prisonnier de ces propres préjugés sur la question ? Quand on condamne le consumérisme, on ne diffère pas trop du jugement qu'ont les mouvements religieux sur cette question. L'être plutôt que l'avoir ce n'est pas notre apanage non plus et la condamnation des comportements futiles, c'est vieux comme la civilisation.

Donc, pour l'instant, on en est au même point, on ne sait pas dans quelle mesure ça marche ou pas ces influences. La raison pour laquelle je pense que c'est très limité, c'est qu'il y a des tonnes d'échecs du système, qui font penser qu'au contraire ils ne maîtrisent rien ou très peu. On oublie souvent à quel point nous résistons aux attaques. Si nous ne résistions pas le système social aurait explosé, il n'y aurait plus de sécu, plus de retraites publics, le TCE serait passé, il n'y aurait pas eu 1995. En fait dès que le pouvoir s'attaque d'un peu trop prés aux intérêts essentiels de la population, celle ci -réagit. Le fait que nous pensions que ce n'est pas assez, qu'il faut aller plus loin ne devrait pas nous faire oublier ce fait essentiel : que la population a conscience de ses intérêts au moins les plus immédiats et est prêt à les défendre. (Pour le futur c'est plus compliqué, mais c'est parce qu'en effet c'est plus compliqué de savoir ce qu'on veut pour le futur).

Même dans les pays du libéralisme ils ont fait exploser les systèmes comme en Angleterre ou aux Etats-Unis, c'est par la force et pas par le marketing que ça s'est fait. Ça s'est fait par la brutalité de Tatcher et de Reagan et contre la volonté de la population. Et ce qui caractérise les méthodes de Sarko, c'est plus la force que le marketing. Et la méthode d'influence qui marche le mieux n'a rien à avoir avec les techniques de marketing modernes, mais est au contraire totalement archaïque et est basée sur la peur, al qaida, les islamistes et tout ça.

Tout ca pour dire que j'ai du mal à voir où ça nous aide, de mieux comprendre ce psychopouvoir, qu'a-t-il de si particulier que nous ne savons déjà et sommes habitués à lutter contre, qu'y a-t-il dans ses techniques que nous ne comprenons pas.

Désolé d'être terre à terre, mais je n'ai qu'une réponse à ça, ils font de la propagande, faisons la nôtre, ils ont des médias, ayons les nôtres, ils ont des arguments, démontons les, la lutte au corps à corps quoi, comme hier comme avant hier....

Fraternellement,

Julien{mospagebreak title=Pulsion, désir...

Pulsion, désir et esprit critique

Jean-Blaise Lazare - 7mai 2009

Je fais une différence entre la lobotomie et la captation de l'attention.
Si nous étions lobotomisés, effectivement nous ne discuterions même pas de ce sujet sur ce site car nous en serions bien incapables.
 
J'ai dit simplement que notre désir en tant que moteur de la réalisation de nous-même, est court-circuité par des suggestions massives qui nous incitent à nous rabattre sur un comportement pulsionnel, c'est-à-dire qui se satisfait directement, sans élaboration. La violence ou le viol, par exemple, sont des comportements pulsionnels parce qu'ils n'élaborent rien et tentent de satisfaire leur envies de la façon la plus courte, la plus directe. La pulsion ne se vit qu'au détriment du désir. Si la cuisine existe, c'est parce qu'il y a du désir à satisfaire sa faim avec art. Plus on écourte la cuisine, plus on se rapproche de la pulsion, donc du comportement animal.
 
Il faut savoir que nous recevons en moyenne 3000 impacts publicitaires par jour, la plupart du temps sans nous en apercevoir. Que nous le voulions ou pas, nous sommes toujours victimes. Il faut aussi prendre la mesure de ce qu'une image subliminale peut créer comme influence dans le cerveau de celui qui la reçoit. Ces psychopouvoirs sont nocifs car ils tentent de manipuler les individus. Il existe des psychopouvoirs positifs, comme le cinéma (de qualité; c'est-à-dire quand il n'est pas commercial).
 
Evidemment, il y a la limite à ne pas dépasser car au-delà, le charme n'opère plus. Au bout de la énième édition de Mad Max, de  Rambo, et bientôt de bienvenue chez les ch'tis, les gens ne se déplacent plus au cinéma. Mais le capitalisme pousse par nature le taux de profit toujours un peu plus loin que la fois précédente et a toujours tendance à dépasser la limite. C'est un des paramètres qui participe activement à la crise actuelle, car le taux de saturation des champs et des techniques exploités est arrivé à son comble.
C'est à ces moments là que la population docilisée jusque-là à toutes ces exploitations, rentre dans une attitude critique. Le TCE en a subit les conséquences le 29 mai 2005. Mais il ne faut pas se leurrer, le capitalisme est très mobile et sait se reconstituer facilement, c'est ce qu'il est en train de faire en utilisant le web et les bases de données importantes qui s'y constituent.
 
En attendant, le marketing n'a pas fini de faire des ravages. N'oubliez pas que Sarkozy a été élu un an après que la France soit descendue dans la rue pour le CPE, ou que Bush a été réélu après qu'il ait été désavoué sur les raisons qu'il avait mises en avant pour lancer la seconde guerre d'Irak. Le marketing de sa campagne d'alors, avait été mis en avant pour expliquer cette réélection. Il a pu dire merci à Karl Roove qui a orchestré celle-ci !      

JBL

et encore le 15 mai JBL :

En réponse aux remarques de Julien ALAPETITE :

En premier lieu, la différence fondamentale entre "il y a 30 ou 50 ans" et maintenant, c'est que la maîtrise et l'utilisation de ces psychopouvoirs n'existaient pas. Ils sont le produits de la société de consommation qui a pour finalité de faire acheter en masse tout et n'importe quoi au plus grand nombre, du moment que cela génère des profits.
 
D'autre part, il ne faut pas confondre l'autorité d'un Etat, avec celui d'un chef de famille. Si le premier est une imposture, le second est légitime car c'est une nécessité d'obtenir l'obéissance d'un être encore dans l'enfance et qui n'est donc pas encore autonome. Un petit enfant de moins de 5 ans (en moyenne) se structure. Ses premières expériences sont fondamentales pour le restant de ses jours comme Freud l'a mis en évidence. Et toute notre vie, nos premières expériences restent toujours les plus sensibles. 
L'autorité comme "pouvoir d'imposer l'obéissance" (étymologie) est l'apanage et le devoir des parents. Mais pour que cette relation parentale marche, il faut que les enfants acceptent l'autorité de leurs parents. Et pour cela, il faut qu'il les intrônisent à la place de celui qui a l'autorité. Cela nécessite qu'ils conviennent que les personnes qui leur tiennent lieu de parents, sont bien les garants de leur sécurité et de leur bien être. L'amour et la responsabilité des parents sont donc requis. Les enfants ne s'y trompent pas. Malheur à celui qui pense que son statut de parent suffit à faire autorité. S'il n'aime pas ses enfants ou s'ils n'est pas en position de responsable à leur égard, cela ne marche pas. Dans de tels cas de figure, ils ne leur restent plus, faute d'être reconnus par l'acceptation de leur autorité, que l'exercice d'un pouvoir pour se faire respecter. Or tout exercice de pouvoir est un abus, car il s'exerce par la force et la peur. Les éducateurs (dont je fais partie) savent les dégâts que ces schémas font sur les enfants. C'est là que commence la soumission.
Ceci nous amène à quelque chose de moins connu; les dégats similaires fait sur les adultes... 
 
En effet, quand nous passons à l'âge adulte, vers 18/20 ans, nous devenons responsables et autonomes. La vraie responsabilité, celle qui ne relève pas de la peur du pénal mais de la volonté de s'impliquer dans les choix que notre désir nous fait opérer, nécessite une éthique, c'est-à-dire une véritable "autonomie" au sens propre du mot (auto-nomos), soit un référentiel de valeurs qui nous est propre et que nous travaillons en permanence. Les dispositifs législatifs et réglementaires en vigueurs ne deviennent donc que des référentiels d'appoints. Nous soumettons les différentes 
questions et phénomènes sur lesquels se sont élaboré les lois et réglements à la critique que notre éthique met en relief. C'est, à mon sens, une des conditions incontournables pour être véritablement citoyen. A cette condition, nous sommes aptes à effectuer des choix politiques et à nous engager lucidement dans des résistances si nous le jugeons nécessaire.
Les gouvernances successives se heurtent donc à un phénomène de taille. Comment imposer des choix politiques à des individus qui peuvent les soumettre à la critique individuelle et "bloquer la machine" ? Les mythes, à travers leurs caractèristiques fondatrices sont une des réponses possible et souhaitable à cette question. Je ne développerais pas ici cet aspect du problème pour ne pas me perdre en m'éparpillant.
 
Revenons à nos moutons. Ceux que nous sommes quand nous acceptons de nous laisser enfermer dans le carcan d'une politique basée sur le schéma familial pour nous diriger. Car cela se gâte quand un modèle social veut s'imposer par les mêmes principes de l'autorité familiale. Soit l'individu est reconnu et légitimé dans sa position d'adulte responsable, soit il est infantilisé dans un système coercitif qui s'impose par la force et la peur, donc par l'abus de pouvoir. Vouloir reproduire ce modèle d'obéissance à une population de personnes responsables (majeurs) n'a pas de sens autre que celui d'une technique de manipulation par l'intimidation et l'infantilisation.
 
Effectivement, cette technique est largement répandue de nos jours et c'est bien un des points qui a été contesté en 68.  C'est le modèle de référence pour faire que l'organisation sociale soit cohérente socialement. En gros, le principe est de faire régresser les gens pour obtenir d'eux ce que l'on souhaite en leur faisant croire qu'ils sont bien gentils mais de "méchants petits enfants" dès qu'ils ne suivent pas les consignes de "papa". Regarder les pubs qu'on vous balance en ce moment pour aller voter aux Européennes ! Ou encore le discours paternaliste qu'on vous a tenu quand il s'est agit de faire passer le traité Européen par le parlement plutôt quun retour devant les urnes. Nous sommes de "sales petits gosses" qui n'avons rien compris et le discours politique de droite, magnanime, "reconnait" au mieux qu'il n'a pas été assez "pédagogue" !...Les services publics sont vérolés par ce modèle de manière tragique car, s'il marche encore, sa magie n'opère plus depuis 68 et une bonne part de ses acteurs veulent être reconnus comme adultes responsables. 
 
Il y a donc une différence fondamentale entre l'exercice d'un pouvoir et l'influence que nous pouvons recevoir des uns ou des autres, basée elle, sur des échanges de considérations émanant d'individus responsables, en individuation permanente.
A ce sujet, je ne considère pas que l'on puisse parler d'influences si l'on "essaie de pénétrer dans le cerveau de l'autre pour le convaincre". Il s'agit bien là pour moi, d'une tentative de reproduire le psychopouvoir dont on est soi-même victime par ailleurs. Se repose alors le problèmes des préalables, les préceptes éthique qui nous gouvernent qui, s'ils partent du respecte de soi-même, doivent nous mener à celui de l'autre et nous interdire ce genre "d'entrisme".
Si par malheur on tente de se resservir de ces techniques pour imposer notre point de vue au nom du "bonheur pour tout le monde", on refabrique du Stalinisme. Sans moi. Ce n'est pas parce qu'une technique d'asservissement marche qu'il faut s'en servir. Une éthique suppose justement que l'on fasse ce tri.
 
Loin de moi l'idée de penser que je ne suis pas un être conditionné (j'aurai même dans le fond de ce qui constitue mon idée de la vie, le sentiment radical du contraire). Je me surprends souvent à être victime d'un de ces psychopouvoirs mais le fait que je reste attentif à ces dangers me permet d'être plus réactif et peut-être d'être un peu plus émancipé que les autres à ce sujet.
Quant à savoir comment les gens se comporteraient s'ils étaient normaux, il n'est bien difficile de la savoir étant donné que je ne sais pas ce que c'est que le "normal", si ce n'est cette chose rassurante qu'est l'hétéronomie,  pour les réactionnaires qui ont peur de la différence et de la diversité qu'engendre l'autonomie. Ne pas être enfermé dans une idée de la normalité est le plus sûr moyen de ne pas être prisonnier de préjugés.  
 
Pour ce qui est du positionnement des mouvements religieux sur le consumérisme, je ne vois pas de quoi il s'agit.
 
Quant à ce qui est "notre apanage", je conviens que "l'être" n'en fait malheureusement pas partie. C'est bien ce qui me contrarie aujourd'hui car il me semble que nous pouvons entrer dans des pratiques souples de contre-pouvoir entre nous, capable de déranger le libéralisme actuel mieux que nos manifestations qui servent pour l'instant d'exutoire à notre mécontentement, à la plus grande joie du gouvernement.   
 
Pour le reste, je crois avoir déjà répondu.
Néanmoins deux remarques :
 
1/ Notre résistance aux attaques jusqu'ici orchestrées par le gouvernement ne me semble pas avoir repousser l'explosion du système social (peut-être pour son plus grand bien), la ruine de la sécu et des retraites. Quant au TCE, il est passé malgré nous. Il ne reste plus grand chose à défendre devant ce raz-de-marée. Si notre souci est de nous arc-bouter sur les quelques miettes qui nous restent, c'est que nous avons une bien piètre idée de nous même. Il y a un moment où l'inadmissible est insupportable et impose la révolte.   
 
2/ Le pouvoir du marketing comme celui de la peur sont des psychopouvoirs négatifs qui, en tant que tels, détruisent toutes formes de désir en engendrant des comportements pulsionnels. En ce sens, ceux qui les promeuvent ne m'inspire que du mépris, les grands entrepreneurs, le gouvernement actuel, comme al Qaida.  
 
JBL

 
 

Des nouvelles de chez vous

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