| Contribution pour l'AG du 15/11/08 |
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| Écrit par Pierre Zarka |
| Mercredi, 12 Novembre 2008 11:00 |
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Le départ de Mélenchon et de Dollez du PS et le lancement de leur processus constitutif d’un nouveau parti témoignent d’une accélération de la manière dont se pose la nécessité de ne plus en rester au dispositif politique actuel. Cette accélération est due à la fois à la crise qui frappe les appareils politiques, à la crise des rapports à la politique institutionnelle et à la dimension actuelle de la crise du capitalisme. Et désormais cette accélération rend plus aigüe et plus massive une question décisive pour la constitution d’une telle force : à quoi doit-elle correspondre ? Et il me semble que, si la réponse n’appartient pas exclusivement aux communistes unitaires, elle ne peut découler que d’une confrontation à laquelle leur participation est à mes yeux essentielle. 60% des Français considèrent que la crise actuelle est celle du système capitaliste. La crise nous conduit donc à poser les questions en termes de système et je crois qu'il faut s'interroger à la fois sur quoi viennent souvent s'échouer les mouvements et ce que veut dire rompre avec le capitalisme, concrètement. Deux exemples pour me faire comprendre:
A mes yeux, il ne s’agit pas ici de programme mais de repères pour penser la société autrement. La penser et oser des revendications immédiates qui en découlent et correspondent aux enjeux les plus actuels. Pour l’instant revendications et propositions me semblent en deçà du nécessaire. Contrairement à ce que l’on pense très souvent, une démarche programmatique ne permet pas de rassembler. Par définition un programme se présente comme fini, il ne reste qu’à le prendre ou à le laisser. Il faut en retenir par cœur des pans entiers sans maîtriser les principes qui l’animent et qui peuvent le défendre. Même en déclarant que l’on veut faire appel à l’intervention populaire, il met celles et ceux qui ne l’ont pas conçu en extériorité avec les responsabilités qui ont conduit à son élaboration et donc à celles qui conduiront à son application. De plus le côté « catalogue » de tout programme peut, par le fractionnement des mesures, favoriser le fractionnement de la lecture suivant l’intérêt porté sur tel ou tel chapitre et donc éloigne du principe de participation à une construction commune. Il peut même rendre impuissant face au développement d’une culture d’opposition des dominés entre eux : les fonctionnaires cherchant ce qui les intéressent et ceux qui croient que ce sont des profiteurs n’y trouvant pas spontanément de quoi les détromper. Au contraire, chercher ses solutions en les situant comme éléments de réponses aux questions posées par le fonctionnement de la société, pouvoir s’inscrire dans la perspective d’un avenir collectif est une forme indispensable de socialisation, c’est sortir de soi, dépasser le périmètre de ses pratiques quotidiennes pour juger de sa propre place dans un ensemble immense et complexe qui s’appelle la société. Que pouvait-il y avoir de commun entre Picasso et un ouvrier communiste des années cinquante du siècle dernier ? Ni les revenus, ni le mode de vie, ni les rapports à la culture mais bien le fait qu’ils se projetaient dans un avenir, en gros, commun. Dit autrement, je ne pense pas que ce soient les congés payés qui aient provoqué le Front populaire mais c’est une dynamique nouvelle qui a débouché sur la réalisation des congés payés. Question : qu’est-ce qui peut faire levier pour favoriser une dynamique nouvelle ? Je pense que la seule annonce d’une nouvelle force en gestation ne suffit pas. Il est donc nécessaire et urgent, non pas « d’écrire un projet de société » mais de commencer à mettre en débat public les repères fondamentaux de ce que peut être l’après-capitalisme. Il est un tantinet paradoxal que Sarkozy puisse parler de bon et de mauvais capitalisme. Que faisons–nous avec l’Etat ? La liberté ? La propriété ? Le travail et la rémunération ? La vie dans la ville ? L’écologie et le mode de production ? Quand je parle d’urgence, je parle de commencer en novembre bien que je tienne compte des ateliers que nous avons déjà ouverts. Mais il s’agit désormais d’initiatives ou d’interventions publiques. Alors que dans la culture communiste traditionnelle, il a été courant de considérer l’étape revendicative comme une propédeutique à la politique, on peut s’interroger si le fait d’isoler le revendicatif du politique ne conduit pas à occulter la nécessité et les possibilités de la transformation. Cela me conduit au second aspect : qui redéfinit ? Qui est sujet en politique ? ou, autrement posé : ne faut-il pas redéfinir ce que nous entendons par démocratie ? Dans notre culture, la médiation des partis institutionnels laisse à ces derniers tout le rôle de l’élaboration et de la réalisation : les mouvements sont plutôt chargés de faire la liste des doléances ou des revendications et les citoyens ont à choisir le jour de l’élection quel est leur favori. De ne pas dépasser cette conception est antinomique avec ce que nous tentons de faire du point de vue du rassemblement. Si je prends l’exemple du CUIN en 2006, avant la rupture de Saint-Ouen, ce qui était frappant c’est qu’à aucun moment les éléments les plus favorables à une candidature unitaire n’ont pu dégager un enjeu propre à cette démarche à partir de l’élection présidentielle. De fil en aiguille la recherche d’une candidature unitaire a gommé le sens qu’elle devait prendre, je pense au passage du social au politique. De ne pas avoir su dégager un enjeu qui renvoyait à l’émergence d’un nouveau type de mouvement où, dans la même dynamique, le social s’invite dans l’espace politique, cela a conduit à aborder l’élection avec des notions traditionnelles. « La gagne » est devenu un leitmotiv obligatoire comme si l’objectif visé était l’Elysée ou même au second tour, ce qui a faussé les termes du choix. La question pourtant décisive depuis 1968 est de savoir comment les mouvements, depuis l’espace social pris au sens large de ce terme, investissait la politique. Cela a été escamoté contrairement à ce qui avait pu se faire en Ile de France au moment de la Régionale en 2004 ou dans tout le pays à propos du TCE. Je suis également frappé comment de fil en aiguille l’évocation de Die Linke, y compris dans les milieux qui lui sont le plus favorables, oublie que sa genèse découle en grande partie des manifestations du jeudi à Berlin sur l’emploi et ce, durant plus de deux années, et de la crise des mouvements syndicaux. Je ne pense pas gommer la spécificité du politique et ne prône pas que la création d’une nouvelle force alternative fasse disparaître toute différence entre syndicats et politiques. Mais je crois que l’obstacle essentiel aujourd’hui réside dans une dissociation entre espaces institutionnels et ce qu’on appelle dangereusement « société civile ». Marx qui ne peut utiliser le vocable de schizophrène parce que Freud n’est pas encore passé par là, dit combien la dissociation « Etat/ société civile » déchire l’individu d’avec lui-même et est source d’aliénation. Le dépérissement progressif des prérogatives institutionnelles au profit d’une citoyenneté plus active et plus constante ne supprime pas les institutions, il permet d’envisager leur investissement et leur subversion. Déjà aujourd’hui le « hors institutionnel » frappe à la porte du politique : c’est un des apports des mouvements féministes, homosexuels ou de migrants. C’était vrai lors du référendum en 2005, ou en Irlande, c’est une part de la genèse de die Linke, et l’écho de la campagne d’Obama et de sa victoire est apparenté à ce phénomène. Je ne parle pas de l’Amérique latine dont je connais moins la culture politique. Dans mon esprit cela débouche sur une autre définition de ce que j’appellerai sommairement « le mouvement populaire ». Actuellement, je l’ai dit, une division des tâches fait de lui celui qui dépose ses demandes au guichet de la politique et il juge du résultat….après coup. D’où son enfermement essentiellement protestataire. A mes yeux, passer à l’élaboration suppose la quête d’une coopération consciente avec des élus comme nouvelle normalité. Je pense à une démarche dont les mouvements eux- mêmes seraient le point de départ : ils prennent l’initiative, demandant à l’élu sa participation, même si c’est avec sa complicité, non pas pour obtenir son soutien mais pour être mieux informé, réfléchir avec lui à la portée de ce qu’ils peuvent faire et définir avec lui son comportement à propos du sujet qui les préoccupe. Cela revient à modifier l’enjeu de l’élection. Elire un représentant que l’on reverra plus tard (peut-être) ou élire un partenaire avec lequel on va co-élaborer et co-intervenir ne sont pas identiques. Cela ne supprime ni élections, ni mandat mais appelle à ce que ce mandat soit dans la vie, continuellement renouvelé par des mouvements auxquels l’élu participe, pour une mission bien délimitée. Il s’agit pour chacun de ces mouvements de ne pas s’arrêter à la porte des institutions et d’investir les lieux de pouvoirs. C’est aussi cette démarche qui peut contribuer à les faire converger en leur donnant toute leur dimension politique. Le mouvement populaire peut prétendre progressivement aux « compétences » jusqu’à présent réservées au seul Etat. On revient à la « révolution permanente » et au « dépérissement de l’Etat » en l’inscrivant dans la lutte pour s’émanciper de toute domination. J’entends bien qu’actuellement les gens n’y soient pas prêts. Mais dire cela appelle deux remarques.
Cela est loin de conduire à un culte illusoire de la spontanéité et permet de situer vers quoi nous voulons aller en matière de construction politique. S’il s’agit de faire en sorte que les dominés et exploités produisent eux-mêmes les éléments de culture politique, les décisions et les actes dont ils ont besoin, le clivage qui rendrait impossible d’être ensemble tient essentiellement à la volonté ou non de dépasser capitalisme et à la méthode démocratique. Mais la culture obligatoirement composite de ces convictions ne peut servir de clivage. Si nous ne considérons pas LA VERITE comme la parole révélée mais comme une construction jamais achevée, toujours tâtonnante et recourant aux désaccords comme moteur de dépassement de soi, alors nous n’avons pas besoin de fractionner ces approches en autant d’organisations. Les multiples cohérences anticapitalistes qui peuvent se retrouver à l’occasion des Européennes ont besoin de dépasser le stade de la convergence et de ne faire qu’un face aux échéances. Mais il faudra bien s’habituer que ce « un » soit du ressort de la polyphonie, tout simplement parce que tout monolithisme échappe à la réalité. Cela conduit à préciser l’éventail souhaitable des participants à une nouvelle formation. Le rejet justifié du cartel d’organisations ne peut servir à une vision irréelle des possibilités. S’il suffisait de dire qu’elle doit permettre à des citoyens qui, aujourd’hui ne sont adhérents à aucune organisation politique de le devenir pour qu’elle se fasse, ces citoyens-là l’auraient déjà construite. Qu’on le veuille ou non, la vie politique a un passé et un présent qui servent de point de départ. Dès lors viser à une formation qui peut favoriser ou impulser une dynamique populaire qui la dépasse et crée une majorité politique de transformation pose la question de l’éventail idéologique des participants. Dans mon esprit cet éventail ne se substitue pas au rassemblement et donc toutes les forces qui se réclament du progrès social n’y participent pas obligatoirement. Le PS - je ne sais sous quelle forme - continuera d’exister parce qu’il correspond à quelque chose de profond dans le réel et il nous faut considérer que sa pente accélérée social-libérale est aussi consécutive à la crise du communisme et à l’éparpillement des forces de la radicalité. J’ajoute qu’il faudra bien un jour considérer qu’une majorité institutionnelle puisse être conflictuelle au risque de ne pouvoir durer longtemps. Le désir d’unanimisme est à la source de bien des échecs en Europe. Mais un autre danger guette : Certains sont tentés par « une fédération de républicains » - au sens chevènementiste du terme - incluant PRS, UNIR (avec l’arrière pensée de faire éclater le NPA) le Mars et la version officielle du PC (sous-estimant son incapacité à rebondir) et excluant tout ce qui renvoie non seulement à un esprit libertaire mais ce qui est de l’ordre du « mouvement ». Au fond, on change les contours de l’avant-garde institutionnelle mais on ne la dépasse pas. Articulé au rejet du PS et à la douloureuse expérience faite avec le PC, si on n’y prend pas garde, nous pouvons par réaction et mauvaise humeur être poussés vers une formation aux contours « petite gauche » condamnée à la marginalité. A ceux qui ne veulent pas de nous, il faut savoir répondre que nous voulons tout le monde. Et pour de sérieuses raisons. Je ne pense pas pouvoir être taxé d’un attrait immodéré pour les logiques institutionnelles, mais on peut se revendiquer d’être mouvementiste et l’absence de travail sur une conception nouvelle de la politique et des rapports au pouvoir finit par s’engluer dans le traditionnel. Malgré son origine, la campagne de José Bové a fait la démonstration qu’on peut passer sans transition de l’esprit mouvementiste à la reproduction de cette logique institutionnelle dès qu’on veut investir la politique. Ou alors la coupure actuelle Etat/ « société civile » (je déteste cette expression parce qu’elle sanctionne cette coupure) conduit parfois à une culture du spontanéisme et d’un volontarisme qui en ignorant le fait institutionnel plutôt qu’en le subvertissant ne fait que provoquer des fractures. Le dépassement de cette impasse ne passe ni par l’ignorance des différentes approches politiques entre républicains et libertaires, ni par leur cohabitation simple mais par leur confrontation constante. De plus, l’aspiration à une nouvelle formation politique est liée en grande partie au regret de voir tant de fractionnements et de concurrences là où il devrait y avoir non pas de l’uniformité mais de l’unité. Créer une formation sur la base d’un tri préalable parmi les anticapitalistes et commencer par définir qui n’y a pas sa place ferait de cette formation, non seulement une formation de plus, mais avec les particularités d’être la seule à n’avoir pas d’histoire, à être identifiée à ceux qui n’ont pas réussi dans leur parti respectif. Et toute l’expérience de « l’après-Saint-Ouen » est que lorsqu’une dynamique de fracture est lancée, elle ne s’arrête plus. C’est un peu comme la fission de l’atome. Après le départ du PC, il y a eu ceux qui ont été avec Bové, ceux qui n’ont pas voulu, ceux qui ont continué avec les CUAL, ceux qui pont fait MAG, ceux qui n’ont rien fait et sont retournés chez eux… Enfin, si la LCR fait au nom des « deux gauches » l’impasse sur le problème posé par le PS, nous ne pouvons pas en faire autant. Actuellement je vois mal « notre force future » partager des responsabilités gouvernementales avec le PS. Mais que deviendrait celui-ci si cette force émergeait réellement et si la question de la crise du communisme se posait dans d’autres termes ? Le PS lui-même, je n’en sais rien. Mais je ne pense pas que le réformisme disparaitrait pour autant. Or tout perspective révolutionnaire n’a aucune chance d’être crédible si nous faisons l’impasse sur la dualité durable d’une gauche attachée à la transformation révolutionnaire et d’une gauche d’adaptation et si la question du rapport de forces entre les deux n’était pas d’amblée posée. Réduire le champ de la nouvelle organisation politique est une manière d’éluder la question. Personne ne s’y tromperait sauf celles et ceux qui, par impatience, se souleraient de promesses et d’incantations. Nous aurions donc intérêt à engager résolument avec ceux qui annoncent s’engager sur la voie de la constitution d’une force nouvelle et tous ceux qui le souhaitent - et ce « qui le souhaitent » doit évoluer au fil des semaines -,un travail public sous forme de forum pour commencer à dépasser l’idée d’être ensemble et commencer à donner corps à quelque chose qui prendra un certain temps à naître mais qui redonne espoir tout de suite. Cela suppose d’en revendiquer clairement le caractère progressif de cette constitution, de dire clairement que personne ne bénéficiera d’un droit d’ancienneté ou d’un statut de « retardataire » et qui dit « processus » revendique le tâtonnement, le provisoire - tant de chose définitives sont en train de disparaître !- Mais surtout dire de plus en plus précisément qui nous sommes et ce que nous voulons exactement. J’ajouterai et ce n’est pas un détail - que c’est le moyen d’expérimenter tout de suite ce que peuvent apporter nos contributions aux luttes et à l’actualité en intervenant au fur et à mesure que nous-mêmes explorons des pistes d’une nouvelle culture politique. La preuve du possible c’est la vérification non pas des déclarations d’intentions mais de l’utilité de ce qui se dit et se fait. Et sans que tout soit dans tout, penser à l’étape que peut représenter l’élection européenne me semble indispensable. |



