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Écrit par Stéphane Fouéré   
Dimanche, 04 Avril 2010 00:00
St. Fouéré a souhaité que sa contribution soit publiée sur le site des communistes unitaires.

Stéphane Fouéré
PCF, communiste refondateur
membre du comité de section du Mans / Fédération de la Sarthe

Un nouveau commencement…à l’intérieur du PCF

Quelques mots d’introduction pour préciser l’intention de mon propos

D’emblée je le dis dès maintenant: j’ai beaucoup réfléchi sur la poursuite de mon encartement au parti communiste français et surtout bien avant cette annonce collective de nouveaux départs du PCF : tous les ans se pose pour moi cette même question lancinante et qui me taraude : face à de nouveaux coups de massue électoraux et de nouvelles crises internes au PCF, je m’interroge, je doute de la pertinence et de l’efficacité de ma militance communiste au sein d’un appareil qui n’est plus que l’ombre de lui-même. Et, sur la même lancée je me dis : partir mais pour aller où sans que cette nouvelle destination n’émiette encore plus la gauche de transformation sociale ? Car, cela, je ne le veux surtout pas.

1-    Ce que je pense des nouveaux départs collectifs annoncés

Pour moi, je ne le cache pas : tout nouveau départ de communistes qu’ils soient élus, cadres, permanents ou militants de base m’ébranle et m’attriste. Je ne m’y résous encore pas. Depuis mon adhésion au PCF il y a plus de 20 ans, j’ai souffert de ces départs qui se faisaient soit avant ou pendant les congrès, dans les réunions de section ou de fédération soit et je pense que c’est le plus grand nombre discrètement, sur la pointe des pieds, à la faveur d’un non renouvèlement de carte d’adhésion. J’ai encore en mémoire les départ d’anciens ministres Charles FITERMAN et Anicet LE PORS, d’intellectuels du monde de la culture, de la recherche. Plus récemment, les départs publics de Jacques PERREUX et de Stéphane GATIGNON qui ont rejoint le mouvement politique Europe Ecologie au moment des élections régionales de mars 2010.

Il faut bien comprendre que ces départs du PCF tout au long de son histoire faite de crises et de dissidences, n’ont jamais été des coups de tête. Ils ont toujours été des déchirements, de vrais deuils avec des écrits qui donnent la pleine intensité de cette souffrance qui n’a pas toujours donné lieu à un divorce avec le PCF ou tout au moins avec ses militants sincères qui restaient. Pour toutes ces raisons, je ne jette pas la pierre à tous ces militants qui partent. Je ne les juge pas. Chacun a son histoire et son engagement militant au PCF. Si les trajectoires sont bousculées, elles sont sensées et argumentées même lorsqu’elles amènent un ancien militant du PCF à adhérer à un autre parti ou mouvement politique.

La nouvelle génération de départs annoncés me touche au plus profond de mon engagement car la plupart des militants qui s’apprêtent à quitter le PCF ont lancé dans les années 1990 le mouvement des Refondateurs Communistes auquel j’ai appartenu dès sa création.

 

2-    Quelques brèves sur mon histoire et mon parcours militant au PCF …utiles pour comprendre mon positionnement

Ce qui a déclenché pour moi mon appartenance au PCF en 1988 fut sa campagne contre le régime raciste et fasciste de l'Apartheid en Afrique du Sud accompagné de boycott de produits alimentaires démarrée depuis plusieurs années. C’est mon engagement antiraciste qui m’a fait adhérer tout à la fois au MRAP et au PCF.J’avais à l’époque 19 ans et je me retrouvais être le plus jeune dans le comité de section de Nantes et la Fédération de Loire-Atlantique. Mais très vite, j’ai déchanté. 1989 : le massacre de la place Tien An Men en Chine, insupportable et révoltant pour un jeune qui rêve d’humanisme. J’en garde encore en moi une blessure vive qui ne se cicatrisera jamais. Comment, un parti dit « communiste » et donc qui naturellement met au cœur de son action la valeur de l’être l’humain pour l’amener à son émancipation, comment un parti communiste se transforme en force autoritaire voire dictatoriale et réprime dans le sang des lycéens, étudiants, salariés, paysans, fonctionnaires, retraités ? Ca, je le l’accepte pas. Cet événement a été ma première déchirure et le début d’une dissidence interne. C’est partir de ce qui s’est passé en Chine, que je me suis retrouvé à faire une intervention au Congrès Fédéral de 1990 sur l’état des partis et forces communistes et progressistes dans le monde qui m’a amené à m’interroger et à demander solennellement au PCF de repenser ses liens avec ces forces politiques dans le monde et l’amener à remettre en cause certaines relations Je me suis alors pris une salve d’insultes. Je me suis fait alors traité de « révisionniste », de « liquidateur », de « socio-démocrate » et tutti quanti…Ca fait quand-même bizarre d’adhérer tout juste à un parti et de devenir par la force des événements un communiste critique. Et c’est à partir de ces deux premières années au PCF que j’ai décidé de vivre mon communisme autrement. J’ai alors décidé de donner un sens à mon engagement au PCF pour construire un communisme démocratique, humaniste, antiraciste (j'insiste car j'ai côtoyé au PCF des militants ouvertement racistes et je crois qu'ils n'ont pas totalement disparus...),libre, ouvert sur le réel et donc sur le mouvement social, sur ce qui fait société.

C’est donc tout naturellement que je me suis rapproché des communistes refondateurs depuis 1989 avec son bulletin puis plus tard sa revue « Futurs ». C’est à ce moment-là qu’en Loire-Atlantique nous avons créé avec plusieurs militants de l’agglomération nantaise (surtouts à Nantes et à Rezé) Futurs 44 et que nous avons travaillé avec Guy HERMIER, Patrick BRAOUEZEC, François ASENSI, Roland FAVARO, Roger MARTELLI, Stéphane GATIGNON, Stéphane PEU, Patrick VASSALO et bien d’autres. Que de bons souvenirs, fructueux en travail commun ! Dans la foulée, j’ai signé l’appel paru le 16 avril 1991 dans le quotidien national Le Monde intitulé « REFONDATIONS », un manifeste pour refonder le politique, la gauche et la société. Nous avons alors lancé le club « Refondations 44 » avec des militants critiques au PCF, au PS, au Verts, au Mouvement des Citoyens de Chevènement, aux Alternatifs, etc…J’ai été très déçu que « Refondations » se fasse « avalé » par la CAP (Convergence pour une alternative Progressiste) qui s’est transformée en mouvement politique. J’étais pour ma part partisan que « Refondations » reste un club de réflexion et de production sur les grandes valeurs de la gauche à retravailler (ce qui reste d’ailleurs d’une brûlante actualité… !).

 

3-    Quel sens je veux donner aujourd’hui à mon engagement politique

Je vous livre l’état de ma réflexion aujourd’hui qui s’articule autour de trois grandes orientations pour moi :

 S’engager au PCF c’est pour moi agir pour un communisme refondé qui soit humaniste, libre, antiraciste, citoyen, écologique et solidaire. Un communisme inscrit dans le réel, ouvert au mouvement social et de la création, qui sait parler aux jeunes générations avec un parler « jeune » et plus « vieux-jeu », qui sache « intégrer » les jeunes militants pour ne plus les faire fuir dès la première réunion de section. C’est en même temps refonder aussi l’appareil car comme l’ont si bien dit des ex-militants du PCF et d’autres qui s’apprêtent à le quitter, la forme parti est en crise. Il devient urgent de requestionner les formes d’engagement aujourd’hui. D’ailleurs tous les partis, mouvements politiques, associatifs et syndicats doivent se regarder en face dans le miroir : de plus en plus de têtes grisonnantes voire déjà blanches assistent aux réunions. Quand ce ne sont pas les mêmes qui se retrouvent dans telle association (et souvent plusieurs à la fois…), tel parti, tel syndicat, tel conseil de quartiers. Qu’est-ce qui fait qu’un jeune aujourd’hui s’engage ou pas ? Je n’ai pas envie que le PCF devienne le parti des vétérans…

S’engager en même temps dans le mouvement progressiste en France et dans le monde : c’est pour moi travailler avec d’autres, mettre en commun, produire à partir de cultures militantes différentes pour construire des fondations alternatives, citoyennes, solidaires, féministes et écologiques.

Personnellement, j’ai apprécié la démarche du Front de gauche que nous avons-nous, dans la région Pays de la Loire, réussi à élargir à d’autres mouvements et partis tels que les Alternatifs, le NPA, la FASE (Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique) Socialisme et République. En même temps, il ne faut surtout pas en rester à cette construction du Front de Gauche qui ressemble à s’y méprendre à des cartels de partis et mouvement qui s’agglomèrent et se coalisent. C’est un Front de Gauche très réducteur alors qu’il faudrait une construction avec tout ce qui fait la société. Pour notre région, comme pour les deux autres, c’est un point d’appui qui n’a malheureusement pas donner les effets escomptés au niveau du résultats des Régionales 2010…Mais, ce n’est pas une raison pour baisser les bras, rentrer chez soi et prêcher pour un PCF autocentré comme certains le réclament déjà parmi notamment les responsables communistes qui ont fait le choix de l’allier dès le premier tour des Régionales avec l’équipe socialiste sortante…Un des résultats en tout cas de ce non choix de la direction nationale du PCF a conduit à des trajectoires à la carte qui donne quand-même une forte impression d’un PCF devenu, excusé-moi pour l’image et pour les camarades espagnols, une « auberge espagnole », un PCF qui s’est complètement « balkanisé » jusqu’à aboutir à des PCF régionalisés (on l’a vécu dans les Pays de la Loire avec les trois Fédérations de Loire-Atlantique, Maine et Loire et Mayenne qui n’ont pas respecté le choix majoritaire pour le Front de Gauche élargi des communistes des cinq départements consultés par vote, et qui ont fait sécession en monnayant leurs places dès le premier tour sur la liste conduite par le socialiste Jacques AUXIETTE).

 S’engager pour une transformation sociale avec toute la gauche, c’est pour moi ne pas oublier les militants des autres partis de gauche et continuer de travailler avec eux un projet de gauche  : socialistes, radiaux de gauche, Mouvement Républicain et Citoyen ( crée par Jean-Pierre CHEVENNEMENT) Verts, Europe Ecologie (je ne confonds pas les militants d’Europe Ecologie et Daniel COHN BENDIT), progressistes du MUP crée par Robert HUE (Mouvement Unitaire Progressiste) qui ont toujours, pour certains, des valeurs de gauche et qui les font vivre souvent avec difficultés dès lors qu’ils ne sont pas majoritaires dans leur propre part ou mouvement.


Contrairement à certains de mes camarades et amis « communistes unitaires », je ne veux pas parler de « gauche de gauche » à côté de « la gauche » représentée par le seul Parti Socialiste ou tout au plus la gauche dite « de gouvernement ».

Moi, je veux plutôt parler de grands courants historiques de la gauche française traversés et travaillés eux-mêmes par des sensibilités : les Républicains, les Socialistes, les Anarchistes, les Utopistes, les Communistes, les Trotskistes, les Maoïstes, les écologistes,…

C’est à partir de cette volonté de n’exclure à-priori aucun courant de la gauche française, que j’ai signé l’appel du Club « Gauche Avenir » initié par Marie-Noël LINIEMAN et Paul QUILES et rejoint par des militants communistes (de toutes sensibilités, d’ailleurs dont des communistes unitaires), socialistes, écologistes, du Parti de Gauche, du MRC, du PRG,…et tout récemment l’appel lancé par Gauche Avenir pour construire un projet alternatif à gauche pour la Présidentielle de 2012.

 

4-    Ma décision
A mon interrogation de départ qui ne cesse de me tarauder « Dois-je sauter dans le train ou rester sur le quai », j’y apporte une réponse : je reste sur le quai mais pour ne pas, en tout cas je l’espère, attendre le prochain départ. C’est pourquoi, je lance aussi un appel à tous ceux qui décident malgré tout de rester au PCF pour le transformer:

ORGANISONS-NOUS
POUR UN NOUVEAU COMMENCEMENT AU PCF.

 
 

Des nouvelles de chez vous

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