| Carte blanche à Jacques Perreux |
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| Écrit par Jacques Perreux |
| Mercredi, 07 Avril 2010 19:37 |
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transmis sur la liste de discussion des communistes unitaires Lettre ouverte à mes amis communistes qui se demandent : que faire ?J’ai participé dernièrement à cette réunion où 200 militants communistes se sont posés gravement la question « Que faire ? Autre chose ? Autrement ? » J’ai envie de continuer à débattre avec eux, avec vous parce que le départ évoqué du parti ne doit pas être seulement une déchirure inévitable, mais une libération, mais aussi parce que je pense que l’idée avancée de coopérative peut permettre à ce qu’il y a de meilleur dans l’héritage et la pensée communiste d’entrer en relation et en construction avec la multitude de ceux qui mènent les combats d’aujourd’hui. Pour ma part, j’ai quitté le PCF parce que celui-ci contredisait ou plutôt contrecarrait deux des combats qui me tiennent le plus à cœur : la gestion publique de l’eau et la construction du rassemblement pour ouvrir une alternative au capitalisme. En rejoignant le mouvement Europe Ecologie, je me suis assuré que quatre principes qui guident mon action de militant communiste y trouveraient plus de chances d’être pollinisés, qu’en restant au PCF. Le premier principe c’est l’attention absolument primordiale que nous devons porter aux biens qui nous sont communs. Ce devrait être le cas évidemment pour tous les communistes. Mais reconnaissons le, notre histoire, notre mode de pensée nous ont conduit à faire comme si ces biens communs étaient inépuisables, qu’on pouvait les dominer et se comporter comme on voulait vis à vis d’eux. Je faisais partie à 20 ans de ceux qui souriaient - c’est le moins que l’on puisse dire – quand en 1974, le grand savant écologue René Dumont, menait sa campagne électorale en nous alertant avec son verre de l’eau. Tout le monde sait aujourd’hui que ces biens communs sont en danger. L’air, l’eau, la biodiversité, le climat, les énergies, sont menacés du fait des activités humaines, du fait surtout du système capitaliste, mais aussi de tous les systèmes productivistes qui exploitent et épuisent les hommes et les ressources et saccagent notre planète. Nous savons aussi que ce sont souvent les plus malheureux qui payent le plus cher ces dégradations. Les inégalités sociales vont de pair avec les inégalités environnementales. Qui mange le plus mal ? Qui est le plus atteint par les cancers environnementaux ? Qui est le plus mal transporté ? Qui souffre le plus de la précarité énergétique ? Et puis ces biens communs, au delà de leur intérêt vital, ont aussi une magnifique originalité - on l’oublie trop souvent – celle d’avoir amené les hommes au fil des millénaires à inventer et installer des rapports de solidarité entre eux pour les partager , les gérer ensemble, les protéger, et les transmettre en bon état aux générations suivantes. Ne cachons pas que l’arrogance ou la négligence vis à vis de ces biens communs, a contribué à abîmer aussi, ce qui est, il me semble pour un communiste, la plus belle des valeurs : la solidarité. Nous devrions avoir en commun avec les militants de l’écologie politique , la défense, la protection, la valorisation des biens communs et la promotion d’une gestion publique, citoyenne, prévenante et innovante de ceux-ci. Nous ne pouvons ni contourner ni atténuer cette priorité là. Ce doit être un sujet de discussion entre nous. Et la faute de la direction du PCF contribuant lors du renouvellement du contrat du SEDIF, à préférer VEOLIA à la régie publique n’est pas mineure Elle a porté atteinte en profondeur à une approche éthique écologique, sociale et politique de ces enjeux.
Il y a bien besoin de faire décroître des activités nuisibles à notre environnement et à la qualité de notre vie et donc de nos relations humaines, il y a bien besoin d’inventer un nouveau logiciel qui permette des réponses écologiques aux urgences et inégalités sociales.Comment croire que ce logiciel pourrait ne pas intégrer la lutte de classes quand le plus riche des milliardaires Warren Buffet reconnaît « que la guerre des classes existe et que c’est la sienne qui l’a gagnée », au point qu’en 20 ans la part des salaires dans le PIB a baissé de 9,3% au profit du capital.
Je dois dire aussi qu’ayant été, l’un des négociateurs d’Europe Ecologie du programme entre les deux tours, j’ai été très surpris que le Front de Gauche, ne participe pas aux négociations avec nous et le PS. Ce refus de négocier, en fait, revient à dire aux électeurs que leur vote n’a pas servi à grand chose. Pourtant nous avons obtenu de nos partenaires socialistes, arrivés en tête, qu’ils portent le budget du logement de 750 Millions à 1 Milliard d’euros, notamment pour lutter contre la précarité énergétique. L’institution d’un Pass Navigo unique en 2012, la conversion de 20% de l’agriculture en Bio, le refus de travailler avec les banques ayant des succursales dans les paradis fiscaux, ainsi qu’une quinzaine d’autres points. Sur ces questions de l’action et des stratégies à mettre en œuvre, n’est-il pas largement temps d’avoir des confrontations entre nous ?
Ces dernières années ont été celles des replis sur soi, des concurrences, parfois des communautarismes. Celles où chacun a campé sur son identité et ainsi souvent ces identités se sont desséchées par manque d’ouverture à la vie et aux choses émergeantes. Les partis n’ont pas échappé à cette sclérose bien au contraire et notre parti créé pour pousser le nouveau en avant s’est vidé d’une grande partie de ses intelligences. Dans le monde d’aujourd’hui, il nous faut camper, non pas, sur l’identité mais sur l’altérité et avoir le goût des autres. Là est la richesse et la seule la possibilité de soulever des montagnes. La force politique du 21ème siècle, pour moi, est une force qui décloisonne, qui aime et recherche la contradiction, qui favorise la confrontation, qui exclue le monolithisme, qui permet les allés et venues, la porosité et développe au bout du compte l’intelligence collective. Ce vendredi soir là, plusieurs d’entre vous, ont dit à propos de la proposition de Daniel Cohn Bendit (*2) et des initiatives d’Europe Ecologie : « quelle belle idée, cette coopérative, mais quel dommage qu’elle soit déjà prise ». Comment ça dommage ! Soit c’est l’idée que vous trouvez bonne et alors coopérons, et coopérons ensemble. Evidemment, pas chacun de son côté. Soit c’est le mot qui vous plaît et peut-être ne voulez-vous coopérer qu’entre vous. Mais dans ce cas là, ceci n’est pas une coopérative, c’est un parti et risque même d’être un groupuscule. Dans une coopérative, chacun apporte des choses différentes pour réaliser des objectifs communs. Et dans ce cas précis, chacun apporte une histoire, une culture différente, une sensibilité, un combat pour réussir la transformation ou la métamorphose sociale et écologique. Faisons-nous ce pari ensemble ? Allons-nous avoir de tous côtés - sans béatifier ni diaboliser qui que ce soit - cette audace là ? Là est la question.
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