| Pourquoi ils décident de quitter le PCF |
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| Écrit par La rédaction |
| Jeudi, 10 Juin 2010 11:29 |
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L'appel à une réunion le 26 mars a été signé de militant-e-s diver-e-s en partance du PCF qui estiment avoir besoin de parler de ce départ et de quoi faire après. Désir d'échanger sur ce qui représente pour beaucoup un immence investissement, sur les suites possibles, et qui pour autant n'estiment pas qu'il existe une frontière entre eux et beaucoup d'autres. Le texte nouveau départ a été présenté en conférence de presse par plusieurs de ses signataires le 10 juin 2010. Nous avons publié et publions ici leurs interventions, déclarations, ou interviews. Patrick Braouezec - Pourquoi j'ai décidé de quitter le Parti communiste - 25-03-2010 Roger Martelli - La fin d'une époque - 25-03-2010 Pierre Zarka - Pourquoi je quitte le PCF - 26-03-2010 Bernard Calabuig - Intervention - 26-03-2006 François Asensi - Contribution - 26-03-2010 Philippe Stierlin - Au printemps de quoi rêvons-nous ? - 27-03-2010 Pierre Mansat - Catherine Gégout - Pourquoi nous quittons le Parti communiste français - 29-03-2010 Jacquelyne Fraysse - Le fruit d'un long et douloureux cheminement - 02-04-2010 Patrick Jarry - Jacqueline Fraysse - Lettre ouverte aux habitants de Nanterre - Avril 2010 Lucien Sève - Roger Martelli - Communistes - 14-04-2010 Lucien Sève - Que faire maintenant - Dix thèses d'un communiste sans carte - 30-04-2010 Jacqueline Fraysse - Sortir du carcan - Explorer des voies nouvelles - 03-06-2010 Fr. Asensi, P. Braouezec, J. Fraysse - Le sens de notre départ du Parti communiste - 08-06-2010 Bernard DANTAL, Pierre Goldberg, Franck Perrier - Pour un nouveau départ - juin 2010 D'autres réactions s'inscrivent dans la suite de la réunion du 26 mars : elles portent sur le pourquoi de leur engagement "autrement" et des étapes parcourus, c'est le cas de Nadja Flank ou de Jacques Perreux , ou proviennent de membres du PCF et qui entendent continuer à chercher à le "transformer de l'intérieur" - c'est le cas de Stéphane Fouéré qui nous demande de publier sa contribution. D'autres également, au moment du congrès du PCF, le 19 juin, et de la conférence de Presse du 10 juin, expriment leurs doutes, leur questionnement, mais aussi la volonté d'y croire encore, comme Huguette Hérin qui conclut "Encore possible ? Encore possible ? " {mospagebreak title=R.Martelli} Roger Martelli25-03-10 La fin d'une époque L’enjeu communiste me paraît pouvoir s’exposer de façon lapidaire : la démocratie est malade ; elle ne va pas bien faute de dynamique de politisation populaire ; cette carence s’explique parce qu’il n’y a pas, face à la crise systémique du capital de projet crédible d’alternative fondée sur l’émancipation et la promotion des classes populaires ; ce projet est dans les limbes, parce que n’existe pas d’espace politique partagé, capable d’agréger les attentes, en les mettant en cohérence, en les portant dans les luttes sociales et en les articulant à une perspective politique à vocation transformatrice majoritaire. Tel est l’enjeu ; telle est l’urgence. Les récentes régionales en ont été l’illustration éclatante : abstention massive, persistance du vote FN, éclatement de la gauche de gauche. Cette situation, installée depuis 2007, est intenable : il est inimaginable que l’on laisse le terrain politique à gauche, d’un côté au « réalisme » attribué au parti socialiste et, de l’autre côté, à « l’innovation » qui serait la marque d’une Europe-écologie, complexe, non homogène, mais terriblement ambiguë. Il y a urgence à rompre cette mécanique. S’il y a urgence, c’est que le temps est compté ; s’il est compté, il n’y en a pas à perdre. De ce point de vue, je n’irai pas par quatre chemins : la structure actuelle du PCF est aujourd’hui fossilisée, malgré la richesse inestimable de ses militants et de ses élus. Que le patrimoine communiste soit en déshérence est un drame : pour les communistes d’abord, pour la gauche d’alternative ensuite ; pour la gauche tout court, enfin. Le déclin à ce jour inexorable du PCF n’a été compensé par aucune force ; ce manque à gagner se paie au prix fort. Mais la structure actuelle du parti est telle, que l’on ne peut espérer de l’intérieur la révolution sans laquelle le communisme politique est anémié. Il y a maintenant plus de vingt ans, je me suis lancé avec beaucoup d’autres dans l’aventure des « refondateurs ». D’autres avaient essayé, avant nous, de persuader l’organisation de la nécessité du mouvement ; dénigrés, agressés, meurtris, ils y ont renoncé. Nous avons longtemps persisté (la « dissidence » la plus tenace de l’histoire du parti…). Nous avons toujours su que la tâche était difficile et qu’elle relevait d’un pari. Nous avons estimé que ce pari était raisonnable, parce que le PCF était historiquement marqué par une contradiction : à la fois un appareil fermé, de souche « bolchevico-stalinienne » (les deux termes n’étant pas superposables au demeurant…) et une tradition de rapport au réel qui permettait de métisser le parti pris de la radicalité et le sens de la construction politique à vocation majoritaire. À plusieurs reprises, dans le passé, alors même que le PC était enfermé dans une culture ouvertement stalinienne, il avait su prendre des tournants politiques qui l’avaient sauvé de l’isolement sectaire et l’avaient même placé au cœur de l’espace politique national (1934-1936, début des années 60, période de l’eurocommunisme). Nous pensions pouvoir jouer de cette contradiction pour plaider en faveur d’un sursaut salvateur. Cette démarche a buté sur un obstacle ultime en décembre 2006, au moment du choix de la candidature de Marie-George Buffet à la présidentielle. Il était acquis que cette candidature déboucherait sur un cataclysme électoral pour le PC et sur une atomisation de la gauche « antilibérale » ; or, en toute connaissance de cause, la direction a choisi la voie du suicide électoral. Depuis, elle confirme son ancrage dans une gestion à courte vue, dans laquelle les choix tactiques incertains (alliance derrière le PS ou « Front de gauche ») n’obéissent qu’à une seule logique : la préservation d’un appareil resserré, replié sur lui-même. Le PCF de la grande époque était à la fois stalinien jusqu’à l’intransigeance et ouvert sur l’expérience populaire et sur les grandes évolutions politiques nationales ; le PC actuel est, tout à la fois, formellement moins stalinien et davantage replié sur lui-même et donc « sectarisé ». La logique interne d’appareil (l’éradication des dissidences et les règlements de compte) l’emporte sur le sens du réel et sur l’ambition de sa transformation dans les faits et non dans les mots. L’appareil du parti est aujourd’hui une machine à diviser les communistes, alors que l’urgence serait de les rassembler dans leur diversité. Il faut ainsi tenir compte de la rupture historique que la dernière période a installée. Il existe toujours un appareil politique, qui délivre des cartes et qui conserve légalement le sigle de « PCF » ; mais le Parti communiste français historique, avec sa contradiction fondamentale, n’existe plus. Dont acte. Nous avons jusqu’à ce jour considéré que notre projet politique devait continuer de se mener au sein de la structure historique du Parti communiste français ; pas exclusivement dans cette structure, mais d’abord en son sein. L’expérience de ces trois dernières années montre que cette tentative est maintenant inefficace (sur quoi s’appuyer, quand ne pèse plus la rationalité du réel ?), qu’elle est épuisante et que, in fine, elle tend à rendre illisible le projet refondateur lui-même. Il ne sert à rien de rester dans une structure, si l’on a la conviction que rien ne peut bouger sérieusement en son sein ; il ne sert à rien de partir, si l’on n’agit pas pour que du nouveau émerge qui assume, dans des conditions nouvelles, les fonctions de l’ancien. Le départ ne doit être rien d’autre que le signe d’une volonté de voir émerger du neuf. J’ai longtemps plaidé pour un combat refondateur au sein du PCF ; je garderai mon estime pour celles et ceux qui, au sein du PCF, affirment la nécessité d’une métamorphose et se battent pour elle ; affectivement, je ne peux me situer que dans la vaste cohorte des communistes, dont beaucoup d’ailleurs, depuis longtemps, se sont éloignés du Parti communiste français. Mais je considère que le combat de l’intérieur ne peut plus avoir de force propulsive. Je pars, non sans le déchirement que l’on devine. Je ne le fais pas « contre » ; je le fais « pour » quelque chose. Ce « quelque chose » est un double engagement, dont aucun des deux termes ne peut être séparé de l’autre. 1. Un engagement communiste, tout d’abord. Je me sépare d’un appareil, pas du communisme, pas des communistes. Si l’appareil divise les communistes, rien n’est plus décisif que de travailler à les rassembler, sans exclusive, où qu’ils se trouvent. Pour l’instant, il n’existe pas encore de lieu pleinement reconnu comme une maison commune où tous ceux qui, quelle que soit leur attache organisationnelle (ou leur absence d’attache), estiment avoir à faire avec le communisme peuvent se retrouver pour réfléchir et agir en communistes. L’Association des communistes unitaires veut travailler en ce sens. Faut-il œuvrer à ce qu’elle puisse jouer mieux son rôle ? Peut-on aller plus loin et bâtir avec d’autres un lieu qui soit véritablement pluriel et partagé ? Nous verrons ; l’essentiel est l’existence et le contenu de ce que nous bâtirons. Un lieu communiste partagé est utile s’il travaille à énoncer une visée communiste moderne, post-bolchevique, qui soit une contribution originale à une gauche d’alternative pluraliste ; une visée adossée à des repères contemporains, capable de faire vivre une culture, en état de proposer, de critiquer, d’inventer. Le communisme politique ne doit plus être une nostalgie ou un appareil tourné sur lui-même, mais un projet et un ferment d’initiative. Nous voulons le faire ; d’autres veulent le faire, dans le PCF, dans le NPA, dans le Front de gauche, à Europe-écologie : sommes-nous en état de le faire ensemble ? Il y a quelques années, plusieurs d’entre nous avaient lancé l’idée d’États-généraux du communisme ; c’était une belle idée. Ne devrions-nous pas la reprendre, fût-ce dans d’autres formes ? 2. Le second engagement est dans l’espace politique de la gauche. La gauche de gauche est épuisée ; elle est en morceaux. Chacune de ses composantes exprime un pan de ce que devrait être une gauche d’alternative ; aucune ne l’exprime dans son entier. Aucune n’est en état de dire : c’est autour de moi que se reconstruira une gauche digne de ce nom. Il ne suffit plus aujourd’hui de le proclamer ; il faut en tirer ensemble des conséquences. Pourquoi la gauche de gauche a-t-elle échoué ? Parce que la logique boutiquière l’a emporté ? Bien sûr. Mais il faut voir plus profond. La gauche de gauche a échoué, pour au moins quatre raisons. Elle n’a pas suffisamment travaillé à se forger un projet indentifiable. Elle a travaillé parfois à des propositions communes, et elle a montré qu’elle était en état de le faire dès l’instant où elle en avait la volonté politique. Mais les propositions, même bien léchées, ne font pas en elles-mêmes un projet ; elles ne donnent pas du sens à la crique et à la lutte ; elles ne suffisent donc pas à stimuler de la dynamique collective et populaire. En second lieu, elle n’a pas poussé jusqu’au bout l’articulation nécessaire du social et du politique. L’exigence de ce raccord nouveau, sans subordination ni séparation, s’est fortement exprimé de 1995 à 2005. Des pas en avant ont été faits ; l’apogée a été atteinte dans la bataille contre le traité constitutionnel européen ; depuis cette date, c’est le recul, le repliement de chacun, association, syndicat et parti, sur son espace propre. De ce fait, une source de richesse s’est quelque peu tarie. En troisième lieu, la gauche de gauche n’a pas réussi l’agrégation de toutes les sensibilités et les générations de la critique. Les héritiers du mouvement ouvrier ne sont pas durablement métissés avec ceux des autres formes de la critique contemporaine, comme les Forums sociaux en esquissaient portant la concrète possibilité. Faute de ce métissage, chacun a fini par retourner à ses habitudes, à son pré carré, in fine à sa boutique d’origine. C’est une déperdition pour tout le monde. Enfin, la gauche de gauche n’a pas assez travaillé à la novation audacieuse de ses contenus, de ses mots, de ses figures et de ses formes. Sans doute a-t-elle été échaudée par tant de capitulations opérées au nom de la « modernité », depuis près de trente ans. Sans doute a-t-elle raison de rappeler que la modernité ne vaut que si elle contredit les vieilleries de la « rentabilité » du capital. Mais si, d’une manière ou d’une autre, l’alternative politique s’identifie à la répétition, fût-ce pour ne pas courir le risque du reniement, elle est vouée à la marginalité. Qu’il y ait tant de têtes grises ou blanches (je sais de quoi je parle…) dans nos réunions n’est pas considéré comme si grave, par rapport à la primauté du « Contenu » (avec une majuscule) ; qu’il y ait avant tout des hommes et des bons Européens n’est pas davantage considéré comme discriminant. À ne pas suffisamment porter d’attention à la novation, on en laisse le monopole à d’autres. Pour le plus grand mal de la modernité vraie de la transformation sociale. C’est la volonté de surmonter collectivement ces limites qui devrait nous identifier positivement. Si nous partons, c’est aussi parce qu’il faut du temps pour porter, à la gauche du PS, un discours qui soit celui de l’unité, mais pas seulement celui de l’unité. Il faut bien sûr une force politique rassemblée, pluraliste mais cohérente à la gauche du Parti socialiste ; non pas des fronts ponctuels, ou des coalitions de petites formations politiques, mais une force politique visible, capable de concurrencer les grandes machines politiques. Pour rassembler dans la diversité, cette force doit trouver des formes d’agrégation viables et souples qui n’existent pas. Attention, au passage, à ne pas nous enfermer dans des discours un peu byzantins qui, selon les cas, encensent à l’excès ou vilipendent les partis. Une force politique ne peut être un simple « mouvement » et elle doit donc assumer les fonctions jusqu’alors réservées aux partis traditionnels ; mais elle ne peut pas assumer ces fonctions en calquant sa forme sur celles, verticales et hiérarchiques, de l’État. Les partis politiques sont utiles et la forme parti est dépassée : les deux affirmations sont vraies en même temps et pas séparément… À mes yeux, nous devons porter plus haut et plus fort l’exigence de cette force politique, dans laquelle un courant communiste existera dans son originalité et son autonomie. Et, toujours à mes yeux tout au moins, nous devons accompagner cette affirmation d’une conviction : si la gauche de gauche veut peser dans l’espace politique, si elle ne se contente pas d’être une roue de secours ou un aiguillon du Parti socialiste, elle doit assumer positivement toutes les fonctions qu’elle n’a pas assez assumées dans les toutes dernières années. Projet, redynamisation populaire, rassemblement politique et novation des formes : rien ne doit se penser séparément. Pour la première fois de ma vie, j’amorce un départ politique. Je continue de rêver. À ce qu’aurait pu être un PCF refondé quand il en était encore temps, quand il n’était pas encore une formation politique marginalisée. À ce qu’aurait pu être une gauche de gauche politiquement rassemblée, quand elle en avait les moyens après 2005. Je continue de rêver à ce qui était un possible, malheureusement non advenu. Il n’y a pas de vie sans rêve. Toutefois, en politique, le rêve se construit et se reconstruit. Les matériaux ne manquent pas. En nous éloignant d’un appareil, veillons à nous donner les moyens de continuer d’agir concrètement en communistes : en rêvant… mais les yeux grands ouverts.
{mospagebreak title=P.Braouezec} Patrick BraouezecLE MONDE | 25.03.10 | 09h06 • Mis à jour le 25.03.10 | 09h08 Pourquoi j'ai décidé de quitter le Parti communiste Patrick Braouezec, député de la Seine-Saint-Denis et un des piliers du courant rénovateur, a décidé de quitter le Parti communiste français après trente-huit ans de militance. A ses yeux, le PCF n'est pas capable d'impulser un vrai rassemblement de la gauche critique et de porter un projet novateur. Après son éviction par Marie-George Buffet de la tête de liste régionale en Ile-de-France, l'atmosphère interne est devenue irrespirable pour lui.D'autres figures de ce courant ont décidé de suivre ce mouvement. Il s'agit de Pierre Mansat, adjoint au maire de Paris, Jacqueline Fraysse, députée des Hauts-de-Seine, Patrick Jarry, maire de Nanterre, Roger Martelli, historien, Pierre Zarka, ancien directeur de L'Humanité et Lucien Sève, philosophe. Pourquoi quittez-vous le Parti communiste français? Voilà des mois que je m'interroge avec d'autres camarades pour savoir où nous pouvons encore être utiles à construire une alternative de transformation sociale et écologique. Ce qui est sûr, c'est que moi, je pars. D'autres l'ont aussi annoncé. Nous nous réunissons, vendredi 26 mars, pour décider de la manière et du moment d'une sortie collective en mai. Les départs du PCF, toujours à pas de loup, ont été nombreux ces dernières années. Les conditions sont réunies pour qu'il y ait un départ massif de communistes, élus comme militants. Nous sommes au terme d'un long processus. Avec mes amis refondateurs, on a travaillé longtemps un pied dedans, un pied dehors, pensant qu'on pouvait encore transformer ce parti de l'intérieur. Depuis l'expérience avortée d'une candidature unique à la présidentielle de 2007 et les différentes tentatives de rassemblement qui ont avorté à cause des appareils, il faut se donner d'autres perspectives. Entre une mort annoncée et une vie potentielle dynamique, je choisis la vie. Pour vous, le PCF est mort ? Pour moi, la forme "parti" est dépassée. On voit qu'une des qualités d'Europe Ecologie, c'est d'avoir transcendé cette forme politique traditionnelle. Quand vous avez plus de 50% d'une population qui ne va pas voter, et cela d'une manière structurelle; quand ces pourcentages d'abstention passent à 75 % pour les 18-30 ans; quand on y ajoute entre 4% et 5% qui votent blanc… il y a, à l'évidence, une crise des formes d'organisation qui n'ont plus rien à voir avec le monde contemporain. Appartenant au PCF, je considère que la forme de mon parti est dépassée et morte. Mais c'est une question qui est posée à l'ensemble des partis. C'est la fin d'une histoire, celle des rénovateurs dont vous avez été une des figures… On finit une histoire, celle d'un courant en interne qui n'a pas réussi à transformer le Parti communiste. Mais pour moi, c'est aussi le début d'une autre histoire. Celle de communistes qui, avec d'autres partenaires, souhaitent élaborer un projet politique et une forme d'organisation innovante adaptée à la société d'aujourd'hui. On est dans une période de métamorphose, où l'on voit bien ce qui se défait et l'on sait que ce qui est à construire, à tisser est plus complexe. Créer n'est jamais simple mais c'est enthousiasmant. Vous allez construire une nouvelle organisation. Une de plus ? Nous sommes déjà, pour partie, membres de la Fédération pour une alternative sociale et écologique (FASE). C'est une forme d'association politique qu'il faut faire évoluer. Nous allons nous y investir pour mieux la structurer, la rendre efficace et lisible afin d'être plus présents dans les moments électoraux comme dans les luttes sociales. On veut être un lieu charnière entre tous ceux qui veulent que les choses changent, indépendamment des jeux d'appareils. Vous restez au sein de la gauche radicale ou vous vous tournez, comme l'ont fait certains de vos amis, vers Europe Ecologie? Nous partirons avec l'ambition de nous adresser non seulement à l'ensemble des communistes, au Front de gauche parce qu'il constitue, de manière encore trop étriquée, une base militante, aux militants du NPA mais tout autant à la gauche d'Europe Ecologie. Je pense qu'au sein de cette organisation beaucoup ne se reconnaissent pas dans l'orientation donnée par Daniel Cohn-Bendit et sa "coopérative". Nous allons tisser des liens aussi avec des socialistes qui craignent que leur parti ne s'engage dans une alternance de plus sans vrai changement. Il faut de la part de la gauche des engagements réels en lien avec le mouvement social et les quartiers populaires qui désespèrent de tout. Nous souhaitons que des militants syndicalistes, des associatifs, des militants des quartiers mais aussi des intellectuels construisent avec nous cette alternative politique. Ce sera le sens du message que nous leur enverrons. Propos recueillis par Sylvia Zappi Article paru dans l'édition du 26.03.10 {mospagebreak title=P.Zarka} Piere Zarka 26-03-2010 Pourquoi je quitte le PCF J’ai conscience d’avoir eu au sein du PCF un parcours peu ordinaire du fait de la succession de responsabilités qui m’avaient été confiées. Je peux être considéré comme un produit de l’appareil, ce qui m’accorde de pouvoir dire que j’y ai fait le tour des possibilités d’expérimenter. A chaque fois, ce qui aurait dû être pris comme une incitation à ouvrir des chantiers a été réduit à l’état de dissidence. Je n’ai pas adhéré au PCF comme on entre dans les ordres : j’ai adhéré à la nécessité de faire la Révolution. Je pense que les mots de « communisme », « émancipation » n’ont de sens qu’associés à « Révolution », sinon ils ne portent aucune perspective de concrétisation. C’est donc le passage de la situation d’exploités ou de dominés à celle de mouvement de masse transformateur qui fait « mon » communisme. Agir pour dépasser tout rapport social d’assujettissement commence dès la conception de la lutte. L’organisation révolutionnaire en est un outil. Comme tous les outils, elle prolonge la volonté humaine, élargit ses potentialités créatrices mais jamais ne se substitue à elle. Comme tous les outils, lorsqu’ils se révèlent inadéquats, sans colère et sans larme, on en change. Je ne peux m’empêcher de constater que depuis que l’enjeu historique n’est plus ni la lutte contre le fascisme ni contre le colonialisme mais comment la société dans son ensemble - je veux dire les exploités et dominés - s’auto-émancipent et pour cela auto-organisent leurs propres mouvement, la structure même du PCF y fait obstacle. Pas par volonté maligne mais parce que le PCF comme tous les partis issus de la révolution industrielle se conçoit comme devant se substituer au mouvement autonome des intéressés. Loin de moi de penser que le miracle de la spontanéité pourrait jouer en faveur de la transformation révolutionnaire. Mais entre attendre béatement une vaine spontanéité et penser que le moyen d’y pallier serait de guider des ignorants, de se substituer à leur intrinsèque faiblesse idéologique, il y a comme point commun de ne concevoir l’organisation que sous le mode de la dépossession et la politique sous le mode de rapports de subordination. Depuis que le PCF a annoncé ne plus vouloir se considérer comme une avant-garde éclairée qu’a-t-il changé concrètement dans ses rapports avec les mouvements des différentes couches de la société ? La défiance qui a été la sienne au début de 1968 vient de se renouveler lors des trois dernières échéances électorales. Cela a de lourdes conséquences. Plus il cherche à s’inscrire dans la société et plus il confond la réalité de cette société avec l’espace des seuls partis institués. C’est donc à l’aune du rapport de forces particulièrement entre le PS et lui qu’il croit mesurer les aspirations des gens. Plus il s’engage sur cette voie et plus il se coupe des attentes réelles. Et plus il s’en coupe plus il réduit son univers aux seuls espaces institutionnels. Ainsi, il n’a fait avancer aucune perspective transformatrice lors de ce que tout le monde s’accorde à considérer comme la plus formidable crise du capitalisme depuis 1929. Il n’a rien fait bouger à partir d’un mouvement comme celui qui a animé les salariés de Total qui pourtant disaient de leur entreprise « nous sommes chez nous » et s’apprêtaient à chercher des solutions de productions sur un mode autogestionnaires. Non, durant cette période son principal problème était de savoir quelle serait sa prééminence sur les listes des régionales. De fait son devenir est devenu sa propre finalité, celle-ci se substituant à la transformation de la société. Que ce soit le PCF, le PG ou le NPA, aucun n’envisage le fait électoral autrement que comme l’expression de leur propre influence ; aucun ne l’envisage comme traduisant et stimulant le mouvement populaire. Aucun ne fait de la dynamique populaire politique la finalité de leur rôle et la clé de leurs responsabilités. Ils n’envisagent que « ce sont les masses qui font l’Histoire » uniquement sous la forme de soutient dont ils pourraient bénéficier, réduisant le rôle du peuple à celui de supporters. Aucun ne considère que c’est par l’accès à la responsabilité d’élaboration politique et à la formation de capacités de contrainte sur les pouvoirs institutionnels que le mouvement populaire doit se former. En contre- partie, ce que l’on appelle les « abstentions » est devenu un comportement actif de refus de vote, de condamnation de cette conception de la politique. Les refus de rassemblements larges et composites ne sont que les conséquences de telles conceptions. Pour être précis, nous avons des années durant, multiplié les efforts pour contribuer à faire changer le PC. Et il est arrivé que cela porte un temps des fruits et modifie certains de ses actes ; mais à chaque fois, ces avancées ont finalement été rattrapées et cannibalisées par la matrice originelle qui veut qu’aux yeux de tels partis l’irruption du mouvement populaire équivaut à une négation de leur rôle. Ainsi ce qui devait être rassemblement sur un pied d’égalité est devenu simple « élargissement » instrumentalisé pour le rayonnement du Parti. La régression de la situation en Ile de France entre les régionales de 2004 et celles de 2010 est éloquente. Tout comme la tentative un temps acceptée de travailler avec des collectifs unitaires larges qui a finalement été rejetée comme une nuisance. Un réflexe d’autodéfense anime la structure du PCF contre ce qu’elle considère comme une agression, une remise en cause de son rôle dirigeant. Désormais, de tenter d’allier des éléments qui se révèlent à l’expérience être inconciliables ne ferait que préparer de nouvelles désillusions. La manière par laquelle la direction du Parti refuse de toute interrogation sur cette matrice désigne l’impasse dans laquelle elle nous entraîne. Continuer à être un peu dedans et un peu dehors ne peut maintenant qu’entraîner de l’impuissance. Malgré nous, nous ne pourrions nous empêcher de chercher d’allier des éléments inconciliables et décevrions. Nous avons besoin d’avoir les mains libres pour élaborer une forme de la politique qui ne dépossède pas les citoyens et une forme d’organisation qui ne cherche pas à se substituer à eux. Les mains libres, mais aussi et surtout l’esprit libre. Nous venons de faire l’expérience que de vouloir s’ancrer dans l’organisation existante nous y enlise et nous empêche de fournir le travail nécessaire, long, tumultueux de concevoir société, politique et organisation à l’aune d’un processus révolutionnaire. C’est un tel mouvement d’ensemble qui peut être concrètement producteur d’émancipation individuelle et collective. On ne peut avoir la tête à trop de chose à la fois. Personnellement, pour y avoir passé du temps et de l’énergie, c’est avec regret que je considère que le PCF s’avère incapable de répondre à cette redéfinition de la politique et qu’il faut faire autre chose, ailleurs. Il me semble désormais plus efficace de proposer aux mouvements d’étendre, à partir de leurs attentes déjà présentes, leurs prérogatives vers l’investissement de l’élaboration politique et des espaces de pouvoirs plutôt que de donner le sentiment de supplier les partis de bien vouloir partager ce qu’ils considèrent comme leur territoire réservé. C’est d’ailleurs - je le souhaite - un tel processus qui pourrait nous faire rencontrer à nouveau un PCF, un PG, un NPA, des écologistes ou des socialistes qui devront tenir compte d’une pratique citoyenne issue des luttes et des mouvements et des exigences de ruptures qui s’en dégageront. Je ne suis ni le seul ni le premier à me poser de telles questions. Je me projette donc dans ce qui est un mouvement collectif, qui peut prendre forme en s’inscrivant dans l’expérience de processus fédératif déjà lancé, je pense à la FASE, à l’intérieur duquel un nouvel espace communiste avec l’ACU a toute sa place. Nous ne partons pas de rien. Afin d’être à la hauteur d’enjeux inédits dans l’Histoire, j’attends beaucoup de ce que les uns et les autres nous pouvons contribuer à faire évoluer au sein de ces tentatives commençantes. {mospagebreak title=B.Calabuig} Bernard Calabuig Intervention- 26 mars 2010 Le point de départ d’un processus pour une construction novatrice. La décision que nous avons à prendre ce soir n’est pas des plus simples. Que faire ? Autre chose, autrement. Je conçois notre réunion comme le point de départ d’un processus pour une construction novatrice. La question du départ du PCF n’apporte sur le fond aucune résolution au problème qui est posé, à savoir notre capacité à contribuer à un rassemblement qui conjugue tout à la fois vocation majoritaire et transformation sociale. Un rassemblement de caractère radical qui ne se donne pas les moyens de parvenir à une majorité, disons le tout net, est inutile. De même un rassemblement majoritaire qui s’accommoderait des thèses du libéralisme conduirait à un nouveau désastre.
Quitter le PCF, l’acte n’est pas facile, il n’est pas facile, car pour la plupart d’entre-nous le militantisme en son sein a structuré une grande partie de notre vie. Le collectif communiste, ce que nous appelions affectueusement « le Parti » a contribué à faire de nous ce que nous sommes. Cependant, nous constatons en toute lucidité, que le PCF auquel nous avons adhéré, ce Parti qui a dans son histoire conjugué radicalité et gestion, qui malgré le stalinisme, son attachement au modèle soviétique, a su faire preuve de créativité et de novation dans les moments décisifs de notre histoire, ce Parti qui a tant contribué à la politisation du peuple et particulièrement de la classe ouvrière, qui a formé des militants ouvriers à la politique, jusqu’à en faire des hommes et des femmes qui furent en capacité de se mesurer d’égal à égal avec les représentants de la haute bourgeoisie, ce Parti qui à longtemps porté l’espérance d’un avenir meilleur, faute de n’avoir pas su bouger, se transformer, n’existe plus. Le PCF d’aujourd’hui n’est plus le Parti auquel nous avons adhéré. Jusqu’au bout, j’ai essayé, ces dernières années, de travailler une transformation /métamorphose, de l’outil. Artisan, avec d’autres, de la liste alternative au dernier congrès, encore membre de l’exécutif national à ce jour, je suis obligé d’acter que nous ne ferons plus rien bouger de l’intérieur. Quitter le PCF n’a de sens que si nous décidons de nous lancer dans une nouvelle aventure collective, que si cela permet de libérer des énergies aujourd’hui stérilisées. Cela n’a de sens que si nous dégageons de la disponibilité d’esprit pour appréhender les situations sous un autre angle.
L’élection Régionale qui vient de se dérouler est marquée, avant tout, par une crise de la démocratie. Certes la gauche l’a emporté en bénéficiant d’un vote sanction contre la politique Sarkozy, mais nul ne peut analyser le vote de dimanche dernier comme un vote d’adhésion à un projet Socialiste que d’ailleurs personne ne connait. La gauche l’emporte avec un peu plus de 50% de participation, contre 64% en 2004. Je m’arrête un instant sur cette abstention qui d’élection en élection ne faiblit pas, que dire des plus de 750 000 qui se sont déplacés au 1er tour pour voter blancs ou nuls, ils étaient plus du million au 2ème tour. S’agit-il seulement d’une question relative à l’absence ou à l’insuffisance de l’offre politique ? Je ne le pense pas. Il y a une remise en cause, confuse, du caractère délégataire de la politique. Une prise de distance avec les institutions, la parole portée par les représentants des institutions a de moins en moins de poids, de nombreux exemples pris dans l’actualité pourraient en témoigner. Cette crise pose la question de la légitimité, des régions sont dirigées, avec 16 à 17% des inscrits, si nous rajoutions celles et ceux qui, en âge de voter, ne s’inscrivent pas sur les listes, le taux serait encore plus bas. Cette crise doit nous interpeller, transformer la politique pour transformer la société est devenu un chantier incontournable.
Les logiques qui caractérisent les appareils des Partis, sont en décalage avec les attentes des populations, elles constituent un obstacle pour l’émergence d’une nouvelle citoyenneté. La FASE a été avant le 1er tour la victime des logiques d’appareils d’organisations du « Front de gauche » plus puissantes. Au deuxième tour, les partis qui composent le « Front de Gauche » ont été mis à mal par l’intransigeance du Parti prédominant à Gauche, le Parti socialiste.
Nous sommes obligés de constater que depuis 2005, nous sommes en échec dans le rassemblement de la gauche de gauche, nous nous épuisons dans la recomposition politique, au détriment de la novation. Nous devons contribuer à ouvrir un espace, bien plus large que la FASE, un espace dans lequel se mêlent tout à la fois les forces constituées, mais surtout les citoyens et - je pense aussi aux jeunes-, où toutes les cultures de la gauche cohabitent. Finalement, une sorte de coopérative, dommage que cette idée soit déjà prise. Un espace susceptible de nourrir la société d’idées et de propositions phares qui donnent un sens, identifie une voie. Un espace où chacun est copropriétaire à égalité avec d’autre. Sortir des sentiers battus, c’est contribuer à un rassemblement transformateur à vocation majoritaire, qui a pour but de faire gagner la gauche politiquement et non pas seulement arithmétiquement. Si pour moi il n’est pas question de courir en permanence derrière les échéances électorales, il est impensable de rester sur la touche, il faudra bien que du bouillonnement que nous voulons provoquer émerge avant l’élection Présidentielle, les axes structurants d’un projet, ainsi que la personnalité pour le porter lors de cette échéance.{mospagebreak title=Fr.Asensi} Fr. Asensi, Député de Seine-Saint-Denis - 26-03-2010La séquence électorale des régionales marque une nouvelle phase de marginalisation, mais ne peut résumer à elle seule l’impuissance du Parti communiste français à influer sur l’évolution de la gauche française. Le déclin inexorable de la formation communiste est inscrit depuis de longues années dans une sorte d’autisme politique qui réduit le champ de sa pensée à une nostalgie, l’enferme dans une puissance passée et la condamne aux alliances électorales en position minoritaire, hier la gauche «plurielle», demain peut-être une gauche «solidaire». L’absence de visée transformatrice, de projets, de stratégie politique, tout cela révèle la perte de substance intellectuelle de cette formation dont l’objectif principal semble être d’assurer la survie d’une structure. Alors qu’un débat pluraliste s’exprime dans toutes les formations politiques et concourt à leur rayonnement, ce débat pluraliste est considéré par les dirigeants actuels comme une plaie qu’il faut cautériser. Ce choix mutilant a été décidé au dernier congrès du Parti communiste et a eu pour conséquence d’éliminer toute contestation, toute proposition qui n’entrait pas dans le logiciel officiel. Il en a résulté également la marginalisation, si ce n’est l’élimination, de tous les camarades porteurs d’options alternatives. L’esprit de fermeture qui a conduit au refus d’une candidature unitaire de la gauche antilibérale en 2007 n’a en rien reculé et le lancement du Front de gauche n’a pas interrompu ce cycle. L’ambition initiale d’un front à vocation majoritaire dans la gauche a été sacrifiée sous une composition trop étriquée et éloignée de la base. L’entre-deux tours des élections régionales a ainsi autorisé les responsables du Parti à des combinaisons d’appareil sous couvert de négociations. Des méthodes inqualifiables qui ont conduit à la disparition des listes de tous les candidats qui n’appartenaient pas au pré-carré de la place du Colonel Fabien. Dans le même temps, la présence de militants communistes dans des alliances à géométrie variable, au gré des rapports de force régionaux, a souligné l’incohérence de la stratégie du Parti communiste. Cet éparpillement a définitivement signifié, je le crois, l’impossibilité de maintenir l’unanimisme d’un appareil qui se fissure. *** Sans doute animé par une conviction inébranlable dans un futur solidaire et émancipateur de l’humanité, j’ai pensé que la visée communiste restait l’horizon du Parti communiste français en dépit de ses comportements étroits, de ses oukases, de ses anathèmes. Après des années de militance, et pour moi des dizaines d’années d’engagement pour changer le communisme politique français, je ne peux que constater notre impuissance et plus encore nos échecs. Changer ne signifiait pas affadir le projet communiste, mais au contraire, le transcender pour en faire une force éthique, un guide pour l’action, une composante indispensable d’une gauche de transformation sociale. Après toutes ces années, toute avancée, même la plus ténue, paraît impensable à une structure vieillissante qui se sclérose et se replie sur elle-même. Son corpus idéologique se réduit à des slogans du type : « Nous voulons rassembler toute la gauche, il n’existe qu’une seule gauche ». Comme si l’Histoire de France, depuis les Lumières et la Révolution, n’avait pas produit des courants de pensée divergents, avec d’un côté une gauche radicale et de transformation sociale et de l’autre une gauche d’accompagnement, quand ce n’est pas tout simplement une gauche de capitulation. Naturellement, le débat entre ces différents courants de pensée est nécessaire, utile et indispensable parce que les forces progressistes doivent trouver le chemin du rassemblement et de l’action pour la transformation sociale. J’ai toujours pensé que le métissage des cultures politiques en démocratie était source de créativité et d’innovation politique. De la même manière que la prise en compte des parcours militants et le respect des patrimoines les plus divers pouvaient converger en une force nouvelle, capable de changer une société de plus en plus dure et injuste. *** Changement : voilà le maître-mot de toutes les formations politiques de gauche comme de droite. Mais changer, pour quoi faire ? Changer comment ? Et quelle place accorde-t-on au citoyen dans ce processus ? La question de la radicalité mérite une nouvelle fois d’être abordée. Mais en l’espèce, il s’agit moins d’en adopter la posture, en guise de slogan qui nous différencierait des politiques d’accompagnement du libéralisme, que d’affirmer la radicalité d’un projet émancipateur. Si, comme je le crois nous traversons une urgence sociale, si le tocsin écologique sonne pour l’avenir de la planète, si les discriminations gangrènent le lien social, si la démocratie recule devant l’individualisme forcené et le dogme de la compétition, si la domination du capital écrase toute réinvention de la place du travail, alors oui il faut changer de société. Comment imaginer que l’explosion des inégalités entre le Nord et le Sud, au sein des pays riches et des pays pauvres, puisse former le socle d’un monde pacifié et démocratique ? Comment concevoir une fin de l’Histoire sur une planète plus que jamais minée par cette violence ? Une nouvelle page est à écrire, la société post-capitaliste est à l’ordre du jour. Il faut la construire dès aujourd’hui. La construire dans les luttes sociales, sociétales, écologiques, internationales. Il nous faut affirmer l’ambition d’une gauche de transformation sociale qui conteste l’emprise social-libérale, qui gagne la bataille des idées et construise pas à pas une hégémonie intellectuelle, au sens gramscien du terme. « Changer de société » est un mot d’ordre que le Parti communiste français a éradiqué de son vocabulaire. Pourtant, c’est bien l’enjeu aujourd’hui avec la crise systémique du capitalisme. Jamais les thèses marxistes n’ont été d’une actualité aussi brûlante. Elles mettent en lumière ce capitalisme prédateur qui a financiarisé toutes les activités humaines pour ses profits à court terme. Un capitalisme qui spécule contre les Etats pour rallier les gouvernements à son entreprise de régression sociale. Un capitalisme qui n’envisage aucune limite à la marchandisation de l’humain, de sa culture, et de son environnement. Le capitalisme vert, et son avatar, l’écologie de marché, sont autant de leurres qui ne masquent pas un productivisme sans rivage qui asservit le vivant et meurtri les écosystèmes. Je veux dire ici que le capitalisme d’État qui se prétend communiste conduit aux mêmes errements. ***
L’abstention massive dans les urnes n’est pas un renoncement, mais un cri de colère contre notre incapacité à renverser les dominations. Je ne crois pas au rejet de la chose publique, je vois simplement des citoyens qui désespèrent d’un champ politique pris en otage par l’économie. Partout, des mobilisations citoyennes émergent et s’étayent : mouvement des sans, militants de l’écologie, salariés refusant le chômage et la précarité, associations de lutte contre les discriminations, tous s’engagent pour se réapproprier leur destin, et font politique, au sens premier du terme. La frontière mortifère qui sépare ces luttes sociales du champ politique est un verrou à éliminer. *** Nous ne pouvons pas nous épuiser à vouloir bouger les choses au PCF. Nous ne pouvons pas, non plus, accorder des excuses à des dirigeants campés sur leurs certitudes. Je crois que le renouveau politique est à construire ailleurs. J’irai pour ma part vers ces chemins nouveaux avec des convictions bien à gauche, révolutionnaires parce qu’elles restent plus que jamais communistes.{mospagebreak title=C.Gégout-P.Mansat} Pierre Mansat, Adjoint au Maire de Paris, élu du 20eCatherine Gégout, ancienne Conseillère de Paris et du 20ePourquoi nous quittons le Parti communiste français29-03-2010 Depuis 40 ans nous tentons de contribuer, en idées et en actes, à ce que le Parti communiste français tienne toute sa place. Pour Pierre depuis 1973, et après 4 ans au sein de la jeunesse communiste, pour Catherine depuis 1972. C’était notre vie. Nous avons continué à le faire malgré les désaccords croissants que nous avions avec les pratiques et la stratégie de la direction. L’étape de l’élection présidentielle de 2007 a certainement été à cet égard un moment particulièrement douloureux. Les idéaux qui nous ont portés, dans notre activité syndicale et associative puis comme responsables politiques et élus n’ont cessé de nous animer. Nous avons beaucoup appris en militant, de même que nous avons beaucoup donné. Nous avons rencontré des gens merveilleux et des camarades qui sont devenus des amis auxquels nous tenons beaucoup. Fallait-il pour autant nous taire devant les blocages et l’immense gâchis que nous constations? Aussi nous avons régulièrement, chacun à notre manière, exprimé désaccords et propositions au sein même du Parti, puis plus publiquement, sans pour autant nous intégrer dans l’un des groupes de camarades en recherche de solutions collectives. Alors nous avons dû faire face à l’incompréhension de certains, l’hostilité d’autres - on est vite soupçonné de trahison dans cette organisation fraternelle lorsqu’on exprime publiquement une opinion divergeant de la ligne officielle - mais nous avons aussi rencontré bien des camarades qui partageaient tout ou partie de nos opinions et se désespéraient de voir le Parti avoir de moins en moins de prise réelle sur la société. Passons sur les pratiques de l’actuelle direction de la Fédération de Paris, imprégnées d’autoritarisme, de manœuvres et d’ambitions personnelles. Les comportements lors des élections sont à cet égard révélateurs, qu’il s’agisse des dernières présidentielles, municipales et régionales. Passons aussi sur l’indifférence, voire le mépris, vis-à-vis de ce que nous avons pu réaliser comme élus, singulièrement autour de ce qui est devenu un sujet majeur de confrontation, le Grand Paris, ou l'action dans les milieux altermondialistes. Enfin nous en sommes arrivés à la conviction que cet outil que les communistes se sont donné n’est plus aujourd’hui réformable, ne peut pas jouer un rôle moteur dans la construction d’une alternative, produire les idées et les actes nécessaires. Le Parti communiste a été important dans l’histoire, a pesé sur l’évolution de la société française, chaque fois qu’il a été capable de rassembler, de cristalliser les espoirs et les forces dans un élan transformateur, de contribuer à l’irruption du peuple sur la scène politique.. Sa perte de substance l’en rend aujourd’hui incapable. Nous le regrettons d’autant plus que pour l’instant aucune force pouvant y répondre n’a émergé et ce n’est pas sans amertume que nous constatons que le Parti communiste aurait dû être le levain de la construction d’une telle force mais qu’il a constamment choisi le repli « identitaire », sous une façade d’ouverture et d'autosatisfaction. Il continue ainsi de « rater » les enjeux, comme celui du défi climatique. Nous avons bien conscience que notre décision fera de la peine à certains camarades qui ont de l’estime pour nous et que nous respectons infiniment. Mais il ne nous est plus possible de faire partie d’une organisation à laquelle nous ne croyons plus malgré notre estime pour les militants qui donnent le meilleur d’eux-mêmes et sont aux côtés de ceux qui luttent. Aussi nous ne sommes aujourd’hui plus membres du Parti communiste français. C’est le résultat d’un déchirement lent et douloureux. Pierre continuera bien entendu à assurer son mandat d’élu comme à répondre aux multiples sollicitations des militants politiques et associatifs qui ont besoin de soutien dans les luttes qu’ils mènent. La société bouge. L’aspiration au changement est profonde. Divers espaces sont en gestation qui se donnent comme objectif l’élaboration commune d’une alternative progressiste au néolibéralisme, d’un programme de profonde transformation sociale. Nous sommes disponibles pour y participer. Paris 29 mars 2010 |



