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Les risques d'une vision manichéenne de l'Histoire PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Guy Stoll, José Tovar   
Lundi, 22 Mars 2010 12:22
La réflexion continue sur l'analyse nécessaire de la société actuelle pour poser les pierres du futur ... dès aujourd'hui. La contribution de Guy Stoll prenait en compte les avancées dans le cadre du capitalisme, montrait que le capitalisme ne faisait pas le "tout de notre réalité", ce qui avait entraîné des réactions, puis des réponses à ces réactions. Guy Stoll y revient ainsi que José Tovar dans les deux contributions ci-dessous.

Guy Stoll - La complexité de l'ordre existant  - 20 mars 2010
José Tovar - Penser les contradictions du réel - 22 mars 2010
  Guy Stoll - 20 mars 2010


Bonjour

Ma contribution a suscité quelques réactions qui nécessitent des précisions de ma part.

Quand j'écris "C’est bien dans le cadre de sociétés capitalistes que ces avancées se sont produites", je n'exclue évidement pas le fait que ces avancées émancipatrices dont je parle aient eu ou puissent avoir lieu ailleurs.

Ce que je veux seulement dire, c'est : qu'elles aient été voulues par le "capitalisme" ou arrachées par les luttes ces avancées ont, de fait, réussi à émerger dans ce type de société, elles ont donc été "autorisées" (permises) par l'ordre existant.

Dans leurs réponses, Robert et Christiane écrivent que "le capitalisme ne lâche rien sans y être contraint", ou "à chaque fois, il s'est agi d'une lutte acharnée contre le capitalisme pour que ces succès émancipateurs voient le jour."

Même si, évidemment, beaucoup d'espaces de libertés ont été obtenus par le rapport de force, je pense pour ma part aussi qu'un certain nombre d'autres ont été souhaités ou favorisés par le capitalisme.

Ce que je veux également et surtout mettre en avant, Laurent l'a souligné, c'est que l'ordre existant ne se limite pas à sa réalité "capitaliste", comme semblent le suggérer Robert et Christiane dans leurs remarques ci- dessus. Tout ramener au capitalisme est un travers de notre culture communiste qui explique que perdure toujours l'idée que la lutte anticapitaliste resterait malgré tout la lutte prioritaire.

Les résistances rencontrées dans l'établissement de certaines libertés (émancipation féminine, laïcité...) ont probablement beaucoup moins à voir avec le capitalisme qu'avec d'autres dominations qui caractérisent ou ont caractérisé nos sociétés (domination masculine, pouvoir religieux...)

Prenons l'exemple du droit à l'IVG, cité par Christiane comme un exemple de lutte contre le capitalisme. Il peut être utile de rappeler qu'en 1974 alors que le gouvernement (capitaliste) de Giscard d’Estaing proposait un projet de loi qui reconnaissait le droit des femmes à avorter sans avoir besoin de se justifier devant des commissions, le PCF (anticapitaliste) en était encore, lui, à un projet de loi demandant certes la libéralisation sur l’avortement mais en l’autorisant comme « ultime secours » uniquement en cas de viol et de violence, de malformations du fœtus, de risque pour la vie physique ou mentale de la mère et en cas de détresse sociale. Pour le PCF, des commissions « compétentes » devaient être chargées d’évaluer la légitimité de la demande des femmes.

Enfin, sur ma phrase: « pour des centaines de millions de personnes vivant dans les sociétés industrielles occidentales le champ des libertés et de l’émancipation s’est étendu de manière extraordinaire en l’espace de quelques générations » , Robert me fait la remarque suivante : "Mais pour les autres ? Les trois ou quatre milliards qui ne vivent pas dans les pays riches ? "

Quand j'écrit cela je veux seulement mettre en avant qu'il n'est pas possible de taire ou de considérer comme négligeable le fait que ces libertés bénéficient ou ont bénéficié à plusieurs centaines de millions de personnes, mais j'ajoute immédiatement quelques lignes plus bas que " certaines de ces libertés acquises ici se payent ailleurs de souffrances humaines effroyables" et dans cet "ailleurs" dont je parle il n'y a pas dans mon esprit que les 3 ou 4 milliards habitant-e-s des pays pauvres.


Adelphiquement

Guy

______________

José Tovar - 22 mars 2010

Je suis tout à fait d'accord avec Guy: Une vision manichéenne de l'histoire nous interdit de penser les contradictions du capitalisme, et donc certaines avancées possibles, ne laissant ainsi comme seule alternative aux batailles émancipatrices que la perspective du "grand soir"... ou les abandons revendicatifs sous prétexte de réalisme, ou encore leur dévoiement à la grande satisfaction des forces conservatrices !

Un exemple sur une question que je connais un peu : la question de la bataille pour une école véritablement émancipatrice dans le dernier quart du siècle dernier, est tout à fait éclairant de ce point de vue :
L'accès massif des enfants issus des classes populaires a été le fruit des combats du mouvement populaire pour l'égalité du droit d'accès de tous aux études longues dans la foulée du plan Langevin Wallon de la libération. Mais il est aussi le fruit d'une demande pressante de main d'oeuvre qualifiée du patronat dans le contexte de l'expansion économique des années 50-60 ( les trente glorieuses). Cette exigence se concrétisera par des recommandations de la Commission du plan, puis les réformes Berthoin (1959) et Capelle(1963), puis par la réforme Haby créant ce que l'on appelle depuis le "Collège unique". Ces réformes furent copieusement critiquées par les forces progressistes de l'époque, fortement influencées par le PCF, car jugées insuffisantes.  Si cette avancée, réelle, n'a pas produit de fruits plus positifs du point de vue de la ségrégation scolaire, qui persiste toujours aujourd'hui, c'est surtout parce que la droite conservatrice a refusé de tirer les conséquences de cette unification en termes d'exigences pédagogiques et culturelles, l'arrivée  d'enfants des milieux populaires dans le second degré posant des problèmes nouveaux aux enseignants et à l'institution. Il faut ajouter que, malheureusement, les forces de progrès n'ont pas été beaucoup plus éclairées et prévoyantes de ce point de vue, les batailles pour plus de moyens suffisant à occuper l'essentiel des revendications syndicales et politiques du moment, alors que des batailles corporatives internes à la FEN de l'époque stérilisaient toute possibilité de bataile sur la qualité de la formation des enseignants...

Tout celà est de l'histoire ancienne mais a encore de lourdes conséquences aujourd'hui... 

José TOVAR

 
 

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